Faisons parler les leaders – Une « star » du droit de la famille

Faisons parler les leaders – Une « star » du droit de la famille

Cette semaine, Me Dominique Tardif, de ZSA, s’entretient avec Me Suzanne H. Pringle, la célèbre avocate en droit de la famille qui a représenté Éric contre Lola…

1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir une autre profession ?
C’est le hasard qui a fait que j’ai choisi la profession d’avocate. Après avoir fait de la suppléance comme professeure d’éducation physique dans une école secondaire, j’ai fait mon cours de secrétariat juridique. En janvier 1978, j’ai commencé à travailler dans un grand cabinet d’avocats. J’étais dans la section de litige et ai été complètement séduite par la rédaction de procédures, le travail que l’on faisait pour les clients et le fait de pouvoir obtenir pour eux des résultats positifs susceptibles de changer leur vie. Ayant toujours aimé parler aux gens et les défendre, j’ai donc décidé de faire mon droit.
Un peu plus tard, le professeur d’université qui m’avait enseigné le droit de la famille s’est joint au cabinet où je travaillais comme avocate et m’a confié certains dossiers de droit de la famille, comme il ne pratiquait lui-même désormais plus dans ce secteur. Ces dossiers, je les ai acceptés ‘presqu’en pleurant’ : j’étais convaincue qu’on me les confiait parce que j’étais une fille, et j’avais l’impression qu’on percevait le droit de la famille comme étant ‘moins sérieux’ que le reste. C’est alors que le professeur en question m’a donné sa propre définition du droit de la famille…en me faisant la leçon et en me faisant comprendre à quel point la discipline touchait à tout, et surtout, à la vie des gens ! Ça ne m’a pris que très peu de temps avant d’avoir le coup de foudre pour la discipline, justement parce qu’on peut réellement faire une différence dans la vie des gens.
2. Quels sont les plus grands défis professionnels auxquels vous avez fait face au cours de votre carrière ?
Mon premier grand défi fut celui de passer d’employée à chef d’entreprise lorsque j’ai fondé mon cabinet. Il fallait non seulement décider de me lancer à mon propre compte, mais aussi développer ma pratique. Alors que j’étais seule, même sans adjointe, au début, je compte maintenant une équipe de 18 personnes, dont 8 avocats !
Mon deuxième grand défi fut celui de représenter ‘Éric’ dans le dossier d’Éric et Lola. Je travaillais à l’époque seule à mon compte dans un bureau de Laval et me suis vue confier ce dossier d’importance. Cela représentait beaucoup de travail et était une responsabilité considérable, mais combien valorisante. J’ai donc rassemblé les personnes-clés et les experts nécessaires, et ai ensuite coordonné les différents aspects du dossier avec eux. Nous avons travaillé sur des questions très variées, sur la pension alimentaire, garde d’enfants, aspects financiers complexes et contestation constitutionnelle. Plusieurs avocats se sont succédé au fil des ans dans cette affaire; j’ai pour ma part toujours gardé une très bonne relation avec mon client.
3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?
Je crois qu’il ne faut pas compter sur les baguettes magiques : il faut s’impliquer et, à défaut, se taire ! (rires). Quant à ce que je changerais dans la pratique du droit : l’approche agressive et litigieuse qui règne souvent entre les avocats au premier contact. Plutôt que de se parler, les gens s’envoient des procédures…À mon avis, il faut plutôt aborder la pratique du droit familial comme une possibilité d’aider des parties qui se séparent à effectuer une transition raisonnable. Avant d’intenter des procédures, il faut tenter de régler, discuter et négocier.
Nous pouvons, comme avocats, participer à l’établissement d’une certaine harmonie entre des gens qui devront, s’ils ont des enfants, continuer à se côtoyer par après. Ceux qui choisissent la voie de la confrontation et de l’affrontement devraient en subir les conséquences devant le tribunal. Nous devrions réussir à déceler ces comportements et les arrêter avant que des dommages financiers et émotifs ne soient causés de façon irrévocable aux familles.
Quant aux délais judiciaires dont plusieurs se plaignent, je crois que les avocats ont leur part de responsabilité dans tout cela. Il faut s’interroger sur notre contribution dans tout cela et faire notre propre examen de conscience. Est-il normal que des avocats fixent des procès et se servent de ces journées pour, le matin même, entamer des discussions de règlement ? Non. L’exercice de discussion doit être fait avant cette date plutôt que de prendre du temps de cour qui, à mon avis, est l’une des causes importantes des délais encourus. Si tout le monde ‘s’y mettait’, les choses s’amélioreraient sans aucun doute.
Enfin, je crois qu’il y a place à l’amélioration en matière de civilité entre avocats et envers les parties adverses. Notre travail est de tenter de dédramatiser, de tempérer les choses et de se parler, plutôt que de ‘mettre de l’huile sur le feu’, même s’il est évidemment plus facile d’écrire des lettres incendiaires et des courriels trop rapides. Prenez plutôt du recul, parlez-vous au téléphone et rencontrez-vous pour discuter !
4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique ? Et pourquoi, à votre avis ?
Il m’est difficile de dire si la perception est meilleure ou non qu’à mes débuts. Ceci dit, la perception dépend souvent de ce que les gens comprennent du monde juridique. Nous avons aujourd’hui la chance de pouvoir compter sur des journalistes très compétents, qui sont en mesure de bien expliquer les choses. Le public qui les lit et les écoute a une meilleure compréhension de notre travail. Les avocats, de leur côté, doivent aussi faire leur part et ont un rôle d’éducation, notamment en participant aux forums publics. Une fois notre travail bien expliqué, les gens en ont une meilleure compréhension et, à mon avis, une meilleure opinion.
5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant devenir une ‘star’ du droit de la famille ?
D’abord, il faut toujours rester soi-même, plutôt que de devenir l’image de quelqu’un d’autre. Développez, donc, votre propre style, en restant cependant toujours à la fine pointe de vos compétences professionnelles. Cela signifie être un bon juriste, devenir un meilleur plaideur, etc. – et prendre tous les moyens possibles pour y parvenir.
Enfin, il faut écouter : écouter son client, écouter son donneur d’ouvrage et écouter le décideur. C’est ce qui crée les alliances avec les gens et, pour moi, « Alliances = Confiance = Leadership » !
En vrac…
· Son livre du moment – Même le silence a une fin (auteur : Ingrid Betancourt)
· Le dernier bon film qu’elle a vu – The Judge (réalisateur : David Dobkin)
· Sa chanson fétiche – ‘Fly me to the moon’ (Frank Sinatra)
· Son expression ou diction préféré – Quand les gens « s’emballent », elle dit : Il n’y a pas de médaille assez mince pour ne pas avoir deux côtés’
· Son péché mignon – la cuisine
· Son restaurant préféré – Quand elle sort de sa propre cuisine, elle aime bien aller chez Calvi ou au Towne 380 (à Laval)
· Le pays qu’elle aimerait visiter – Le Honduras, pour faire de la plongée sous-marine à Roatàn.
· Le personnage historique qu’elle admire le plus– Gandhi, pour son calme, sa résilience et sa détermination. C’est un homme impressionnant, une ‘force tranquille’.
· Si elle n’était pas avocate, elle…aurait un emploi qui touche à l’éducation, comme elle aime tellement rencontrer et s’impliquer auprès des jeunes, ou….elle serait G.O. dans un Club Med !

Me Suzanne H. Pringle est à la tête d’un cabinet de huit avocats qu’elle a fondé en 1988. En 2010, elle a été nommée Fellow de l’American College of Trial Lawyers, une des distinctions les plus prestigieuses pour tout plaideur.
Elle représente ses clients dans le cadre de dossiers de nature familiale incluant des dossiers de séparation, de divorce, de partage de biens, de garde d’enfants, de recours alimentaires, de déplacements illicites, enlèvements d’enfants, litiges entre conjoints de faits et de la représentation d’enfants.
Elle est l’avocate de celui que les médias ont surnommé « Éric » dans le dossier d’Éric et Lola depuis de nombreuses années, dont la cause a fait l’objet d’une décision favorable de la Cour Suprême du Canada le 25 janvier 2013.
Me Pringle a inspiré Madame Fabienne Larouche pour la production d’une série télévisée portant sur le droit de la famille, Ariane, qui sera à l’écran à l’automne prochain. Elle donne fréquemment des conférences et des formations sur des sujets variés tels que l’art de la plaidoirie et le leadership.

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