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Par : Dominique Tardif

Cette semaine, Dominique Tardif de ZSA s’entretient avec Me Marie Elaine Farley, Présidente de la Chambre de la sécurité financière.

1- Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ou encore une autre profession?

J’ai toujours été intéressée par la philosophie et la politique. J’étais animée par la possibilité de comprendre le fonds des choses et d’étudier les grands penseurs qui ont façonné la société. J’aimais la pensée critique, le discours structuré, etc.

Mon père, lui, me voyait plutôt devenir…ingénieure! Le droit est alors apparu comme un heureux compromis pour moi : non seulement la discipline passait-elle au « conseil de famille », mais elle me permettait aussi d’assouvir mon intérêt à comprendre « le pourquoi du comment », de remettre les choses en question, de donner cours à mon attrait pour l’argumentation et le sens de la justice. Cela semblait donc être un chemin naturel pour moi, sachant que le droit est à la base de tout. Arrivée sur les bancs de la faculté de droit, je m’y suis vraiment retrouvée!

2- Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

J’ai eu la chance de vivre plusieurs défis dans ma carrière jusqu’à aujourd’hui. Parmi eux, pensons à ceux d’assumer la présidence de Bixi alors que l’entreprise venait de faire faillite, ou encore de passer de vice-présidente aux affaires juridiques et corporatives et secrétaire à présidente de la Chambre de la sécurité financière.

Les défis qui m’ont le plus passionnée, en fait, sont ceux qui m’ont donné l’occasion de rallier les gens autour de moi. Je trouve très stimulant d’avoir à intervenir quant différentes parties, aux intérêts parfois divergents et sur lesquelles on n’a pas toujours le contrôle, sont impliquées. Il est alors nécessaire, après s’être demandé « par quel bout commencer », d’arriver à mobiliser les gens vers un objectif commun. Même si les défis sont parfois angoissants, ils nous permettent de nous développer considérablement sur le plan professionnel et personnel.

Ce qui fait le succès d’un leader, c’est de bien savoir s’entourer, de faire confiance aux gens et de les amener à se dépasser en leur donnant les instruments pour le faire.

À travers tout cela reste toujours le défi de devenir meilleur. Le développement rapide de la technologie et de l’intelligence artificielle est, à titre d’exemple, un enjeu de demain qui nous incite à réfléchir à la façon de demeurer une organisation innovante et pertinente, avec un leadership ‘assumé’ pour la protection du public, en calibrant les services offerts aux membres.

3- Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, je démocratiserais l’accès à la justice et la pratique, et je favoriserais le règlement des différends. Je crois beaucoup à la médiation, à la justice participative et aux processus qui permettent d’éviter le litige pour s’entendre. Beaucoup d’efforts sont faits en ce sens et je suis d’avis qu’il faut continuer dans cette direction.

Pour avoir été à la direction d’un département d’affaires juridiques et être aujourd’hui à la direction d’une organisation, je sais que ce que l’on veut par-dessus tout est que « les choses se règlent », et que ça ne traîne pas trop!

Des solutions, il y en a toujours. Il faut simplement amener les avocats à trouver des solutions pour leurs clients, et ce, même s’ils se retrouvent dans des positions diamétralement opposées. Pour cela, il faut l’effort commun et la bonne volonté de tous.

4- La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Je pense que la profession d’avocat est perçue, de façon générale, comme noble, et qu’elle est assez positive, bien qu’elle soit aussi souvent alimentée par ce qui se passe dans les médias.

Il n’en demeure pas moins que, de ma perspective, je vois beaucoup d’évolution : les avocats sont de plus en plus perçus comme des gens d’affaires qui trouvent des solutions à des problèmes, plutôt que comme des gens qui trouvent des problèmes à des solutions! Ma perception n’est pas négative face aux gens avec qui je travaille et positive envers la profession

5- Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant, comme vous, gravir les échelons? Quels sont les trucs, s’il en est?

Pour réussir, il faut du travail et de la persévérance. Il est également nécessaire d’aller au fond des choses, de comprendre le pourquoi du comment et ne pas avoir peur de mettre l’énergie nécessaire pour parvenir à ses fins.

Il faut aussi savoir bien s’entourer et ne pas hésiter à demander de l’aide, à poser des questions et à se montrer humble. J’ai pour ma part eu la chance d’être bien entourée…et j’ai osé demander! Quand les défis arrivent, on ne peut tout simplement pas tout savoir : une fois qu’on a établi comment se rendre du ‘point A’ au ‘point B’, on détermine ce dont on a besoin et on s’entoure en conséquence.

Je crois aussi en l’implication, sans nécessairement le faire avec un objectif précis en tête : cela développe d’autres facettes de notre personne, sans compter le fait que cela peut être très gratifiant.

  • Le dernier bon livre qu’elle a lu : What Got You Here Won’t Get You There : How Successful People Become Even More Successful! (auteur : Marshall Goldsmith).
  • Elle a aimé regarder… Vice (réalisateur : Adam McKay) et la série The Crown (réalisateurs : Benjamin Caron, Stephen Daldry, Philip Martin, Julian Jarrold et Philippa Lowthorpe).
  • Sa chanson fétiche : Maintenant je sais (interprète : Jean Gabin).
  • On l’entend souvent dire… Un éléphant se mange une bouchée à la fois!
  • Elle se gâte en… écoutant les grands chefs-d’œuvre de Beethoven et Bach.
  • Son restaurant préféré : Il Pagliaccio (rue Laurier à Montréal), pour le propriétaire, un vrai passionné de ce qu’il fait!
  • Elle aimerait visiter… les pays scandinaves.
  • Les personnages historiques qu’elle admire le plus :
    • Certainement Aristote, qui est à la base du fondement de plusieurs courants philosophiques.
    • Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, ancien Ministre des Affaires étrangères de la France, et également grand diplomate.
    • Cyrus Le Grand, un conquérant vraiment fascinant, qui a aussi été reconnu pour l’intégration des coutumes de chaque peuple qu’il a vaincu, et qui avait le souci de rassembler et de respecter les autres.
  • Si elle n’était pas avocate et chef d’entreprise, elle rêverait d’être… pianiste !!

 

Me Marie Elaine Farley est présidente et chef de la direction de la Chambre de la sécurité financière (CSF), un organisme d’autoréglementation comptant plus de 32 000 membres dont la mission est de protéger les consommateurs de produits et services financiers.

Gestionnaire réputée pour son intégrité, sa rigueur, sa vision et sa compréhension globale des enjeux, elle œuvre depuis quinze ans au sein de l’industrie des produits financiers, où ses capacités analytiques lui ont permis d’apporter des solutions innovantes, de parfaire sa vision stratégique et d’affiner son sens politique. Elle s’est particulièrement intéressée à la protection des consommateurs et a initié plusieurs mesures qui ont contribué à l’amélioration de l’éthique des professionnels dans leur pratique.

Sa compétence à gérer des mandats aux enjeux complexes a mené la ville de Montréal à lui offrir la présidence du conseil d’administration de BIXI-Montréal, alors que l’organisation était en faillite. Sa capacité à mobiliser les troupes a fait de ce projet une grande réussite, générant du même coup énormément de fierté chez les Montréalais. Elle siège également aux conseils d’administration du Réseau de transport métropolitain (RTM) et de la Fondation canadienne des maladies du cœur et de l’AVC.

Elle est récipiendaire de plusieurs distinctions. En 2017, elle s’est vu décerner le Prix Femmes d’affaires du Québec dans la catégorie Cadre, dirigeante ou professionnelle. En 2018, l’Association des femmes en finances du Québec lui a décerné le prix d’étoile montante en finances. Elle est membre du Barreau du Québec depuis 1998.

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