Faisons parler les leaders: Avocat et… ingénieur!

Faisons parler les leaders: Avocat et… ingénieur!

Cette semaine, Me Dominique Tardif, de ZSA, s’entretient avec Me Yves Baribeault, Vice-président – Affaires juridiques, Exploitation et Projets chez INNERGEX.

1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou une autre profession?

Dans mon cas, c’est le génie qui m’a mené au droit. Je n’aurais, en fait, probablement jamais pensé au droit autrement! Je suis ingénieur chimique de formation, et comptais pendant mes études me diriger vers l’environnement. Un professeur a, à un certain moment, mentionné qu’il serait bien qu’il y ait des ingénieurs possédant aussi des connaissances en droit, comme l’environnement touchait justement aux deux domaines. J’en ai alors pris note.

C’est en 4e année de génie que j’ai eu la piqûre pour le droit, par le biais d’un cours de droit des affaires traitant de la responsabilité des ingénieurs et de la responsabilité civile en général. La qualité du cours et ma curiosité pour le domaine m’ont alors fait décider d’enchaîner immédiatement avec le baccalauréat en droit.
Gradué en 1991, j’ai commencé à une époque où l’économie n’était pas en effervescence et où les débouchés étaient limités. J’ai pratiqué en droit du travail puis en litige civil, faisant ensuite le saut en entreprise.
2. Quels sont les plus grands défis professionnels auxquels vous avez fait face au cours de votre carrière?
Mon premier grand défi est survenu alors que j’étais en pratique privée : après un an de pratique, on m’a mis en contact avec une dame congédiée d’une école privée de Montréal. Étant le seul, à l’époque, à pratiquer dans le domaine au cabinet, j’ai été présenté comme un expert en droit du travail malgré le fait que je ne faisais que débuter! Il s’agissait d’un recours pour congédiement sans cause juste et suffisante pour lequel nous demandions la réintégration. J’avais la gestion complète de ce dossier, du début à la fin, alors que l’autre partie était représentée par un associé principal d’un autre grand cabinet. Je n’avais encore jamais plaidé de procès au complet et je savais que j’avais l’avenir professionnel de quelqu’un entre les mains. Il y avait donc beaucoup de pression et d’apprentissage à faire en même temps! Nous avons été jusqu’en évocation et…nous avons gagné!
Mon autre grand défi, je l’ai vécu ici, chez Innergex. Nous étions quatre au sein du département lors de mon arrivée et, six mois plus tard, nous n’étions plus que deux, à savoir une adjointe et moi. Le défi était de « faire face à la musique ». Nous étions non seulement une compagnie publique en pleine croissance, mais nous étions en processus d’acquisition de centrales en Ontario, avions plusieurs projets en appel d’offres et un placement privé pour 85 millions de dollars en actions privilégiées. Il y avait donc beaucoup à faire en même temps, avec relativement peu de ressources. Il faut dire que notre cabinet externe nous a beaucoup aidés!
3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?
Si j’avais une baguette magique, j’améliorerais l’accès à la justice, tant pour les particuliers que pour les entreprises. Malheureusement, les délais et les coûts font en sorte que nombreux sont ceux qui renoncent à leurs droits, comme ils n’ont ni les moyens ni le temps d’investir sur un résultat incertain. On ne contrôle, en effet, que 33% du dossier, la partie adverse en contrôlant un tiers et le juge, un autre tiers. Les gens et les entreprises ne devraient pas avoir à laisser tomber des droits pour éviter le processus judiciaire.
4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?
La perception s’est améliorée un peu… en partie peut-être parce que d’autres professions que la nôtre ont été attaquées dernièrement et qu’on fait un peu moins la manchette!
Le droit demeure, à mon avis, une profession assez méconnue. Les citoyens n’en connaissent bien souvent que ce qui est véhiculé par les médias, à savoir les dossiers de litige, les arrêts très connus comme l’arrêt Jordan, etc. On entend donc ainsi peu parler du 95% de la profession que personne ne voit vraiment, incluant ce que font les avocats de droit des affaires et ceux en entreprise, parmi d’autres. Ce qui est connu publiquement de la profession vient donc parfois nuire à l’image de celle-ci, sachant que les bonnes nouvelles ne sont pas toujours les plus médiatisées.
5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant avoir un poste d’influence en entreprise en tant qu’avocat?
Il est, je crois, primordial d’avoir une approche d’affaires et un côté pratique développé pour réussir en entreprise. Les gens d’affaires, en effet, cherchent à travailler avec quelqu’un qui puisse les aider à réaliser la transaction qu’ils ont en tête. Parfois, la théorie diffère de la pratique et il ne faut pas « bloquer » une transaction en raison de légalités ou par aversion du risque. C’est l’évaluation de la nature du risque et des chances que ce dernier se matérialise qui, justement, aide à prendre la décision. En fait, il existe souvent un risque, mais la question est de savoir si « l’on peut ou non vivre avec ». Il serait certainement parfois préférable de pouvoir insérer telle ou telle clause, mais la question consiste parfois plutôt à se demander si on peut y renoncer. Le travail implique donc ici un rôle de facilitateur et de guide vers une décision éclairée et informée.
Il est également nécessaire de simplifier les choses chaque fois que cela est possible : mieux vaut, par exemple, avoir un contrat de cinq pages que de quarante-cinq pages s’il est possible de protéger ainsi l’entreprise tout en facilitant la vente par le vendeur et la signature du contrat.
L’avocat est alors perçu non comme un mal nécessaire, mais comme un partenaire d’affaires dans les transactions.

  • Le dernier bon livre qu’il a lu : « Toute l’histoire du monde de la préhistoire à nos jours » (auteurs : Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot).
  • Le dernier bon film qu’il a vu : « Bon Cop, Bad Cop 2 » (réalisateur : Alain Desrochers).
  • Ses expressions préférées :
    • « Le pire des règlements vaut le meilleur des litiges »;
    • Quand quelqu’un lui pose une question, il répond souvent « Oui et non » avant d’expliquer les nuances de sa réponse.
  • Son péché mignon : Tout ce qui est salé et sucré, qu’il s’agisse de chips ou de chocolat!!
  • Ses restaurants préférés : Garage Café (Verdun), un bon resto de quartier, et Les Pyrénées (Vieux-Montréal).
  • Les pays qu’il aimerait visiter : L’Islande et la Nouvelle-Zélande.
  • Le personnage historique qu’il admire le plus : Léonard de Vinci, pour son côté inventeur. La créativité et l’imagination de cette personne sont impressionnants, outre son côté artistique.
  • S’il n’était pas avocat, il travaillerait comme… ingénieur!!

Me Yves Baribeault, ing., LL.B., MBA, est Vice-président – Affaires juridiques, Exploitation et Projets INNERGEX. Il s’est joint à l’entreprise en 2009 à titre de directeur – Service juridique et a été promu directeur principal – Affaires juridiques, Exploitation et administration en 2011. Il a été nommé Vice-président – Affaires juridiques, Exploitation et Projets en 2015. Me Baribeault est responsable de la gestion des activités juridiques reliées à l’exploitation et au développement de la compagnie.

Me Baribeault détient plus de 26 années d’expérience en tant qu’avocat. Avant de se joindre à Innergex, il a travaillé chez Air Liquide Canada inc. pendant plus de 12 ans, où il a occupé des postes aux responsabilités croissantes et ultimement celui de Secrétaire corporatif adjoint et conseiller juridique. Auparavant, il a été Chef des relations de travail chez G.U.S. Canada et a œuvré en pratique privée pour différents cabinets de Montréal. Me Baribeault détient un baccalauréat en génie chimique (1986) et un baccalauréat en droit (1990) de l’Université de Sherbrooke, ainsi qu’une maîtrise en administration des affaires (finance et gestion internationale) de l’École des Hautes Études Commerciales de Montréal (1998). Il est membre de l’Ordre des Ingénieurs du Québec depuis 1986 et du Barreau du Québec depuis 1991.


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