L’avocate de Manac

L’avocate de Manac

Cette semaine, Me Dominique Tardif de ZSA s’entretient avec Me Julie Demers, directrice, Affaires juridiques et secrétaire corporative chez Manac inc.
1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ou encore une autre profession?
Le chemin n’était pas tracé d’avance dans mon cas : personne, dans ma famille, n’était avocat. Ce fut, à vrai dire, un peu comme un coup de dés. J’avais un intérêt marqué pour les lettres, j’aimais beaucoup l’analyse et j’avais toujours eu un souci pour la justice, ce qui me poussait vers le droit.
Je me disais aussi, comme le veut l’expression, que le droit « mène à tout ». Si je me rappelle m’être dirigée, après le cégep, vers le droit avec un brin d’incertitude, je réalise aujourd’hui combien c’était le bon parcours pour moi!
2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?
Il existe de nombreux défis dans la carrière de tout avocat, qu’il s’agisse de ceux rencontrés en pratique privée ou en entreprise. Le fait d’avoir fait l’un et l’autre permet, comme dans mon cas, de mieux les apprécier.
Dans mon cas, mon plus grand défi à ce jour a été de créer une nouvelle fonction juridique au sein d’une entreprise ayant célébré 50 ans d’existence l’an dernier. Il me fallait obtenir l’adhésion de l’équipe de direction et des divers départements à cette nouvelle fonction, outre le fait de remplir mon devoir de protection juridique envers l’entreprise.
Faire reconnaître la fonction juridique comme créatrice de valeur pour l’entreprise ne va pas toujours de soi : ce n’est pas nécessairement à la valeur ajoutée que pensent spontanément les gens à l’égard d’un avocat en entreprise, qui est souvent au contraire – et malheureusement – perçu comme un mal nécessaire. Il fallait donc créer un mouvement en ce sens et faire en sorte que les gens aient le réflexe, à l’interne, de me solliciter pour des conseils. Aujourd’hui, je suis heureuse de dire que les choses ont bien fonctionné!
Un autre gros défi, pour moi, fut le dossier de privatisation de Manac en 2015. Le dossier impliquait notamment la Caisse de dépôt et placement du Québec, le Fonds de solidarité FTQ, Investissement Québec, le Fonds Manufacturier Québécois, la famille Dutil et un fonds d’investissement américain : mon travail était de tout coordonner, avec le support d’une armée d’avocats externes de haut calibre, dois-je ajouter!
3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?
Il est, aujourd’hui, encore très difficile pour « monsieur et madame tout le monde » de se faire représenter par avocat, vu les coûts qui y sont liés. Même les avocats disent souvent qu’ils ne pourraient, s’il le fallait, payer leurs propres honoraires…
Si j’avais une baguette magique, je faciliterais l’accès à la justice en diminuant les coûts inhérents aux services juridiques, en révisant les méthodes de facturation parfois audacieuses qui existent et en améliorant l’efficacité des institutions judiciaires, ainsi que la rapidité des auditions pour promouvoir un système judiciaire plus juste.
4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?
Elle est possiblement plus positive qu’à mes débuts dans la profession, malgré certains écarts publicisés et gestes questionnables. Comme dans toute chose, il y a du bon et du mauvais.
Cela dit, les avocats sont de plus en plus présents en entreprise, alors le Barreau a, de son côté, fait des efforts soutenus pour travailler à redorer notre blason. Je crois aussi que les avocats sont plus attentifs à l’image qu’ils projettent dans le public. Les blagues et allusions seront évidemment toujours présentes, comme pour les médecins, les ingénieurs et autres professions dites libérales, mais elles sont faites avec un « clin d’œil » et du respect. L’avocat est sollicité rapidement quand il y a un problème et joue à mon avis un rôle plus présent dans la société qu’avant.
5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant se hisser à la barre des affaires juridiques d’une entreprise aussi vite en carrière? Quel sont les trucs, s’il en est?
Il faut travailler fort, se montrer audacieux, démontrer de la rigueur et ne pas compter les heures. Il n’est évidemment pas toujours facile de concilier le travail et la vie familiale. J’ai moi-même une famille, et elle demeure la priorité. Mais il faut comprendre que rien ne vient sans efforts.
Il est également nécessaire de se démarquer non seulement par la qualité de notre travail, mais également par notre esprit entrepreneurial : il s’agit d’une combinaison requise dans un environnement aussi dynamique qu’une entreprise en croissance.
Il est aussi également important de créer des opportunités pour soi-même et de savoir les saisir sans hésiter et sans attendre, en prenant l’initiative de sa carrière et de sa vie professionnelle. En effet, il faut oser approcher son entourage et créer un réseau de contacts susceptible de nous aider à propulser notre carrière.
Cela étant, le meilleur des réseaux de contacts ne remplacera jamais les efforts à travailler dans les dossiers, en améliorant nos connaissances et en développant son expertise.
Le dernier bon livre qu’elle a lu : « Lean in » (auteure : Sheryl Sandberg)
Le dernier bon film qu’elle a vu : Moana de Disney (un classique visionné avec ses deux fillettes!)
Une chanson qui la fait rêver : Somewhere Over the Rainbow (interprétation de : Israel Kamakawiwo’ole)
Une citation qui l’inspire : « If you don’t go after what you want, you’ll never have it. If you don’t ask, the answer is always no. If you don’t step forward, you’re always in the same place. » (Nora Roberts)
Son péché mignon : Tout dessert sucré digne de ce nom, et les sorties chez Chocolats Favoris…
Son restaurant préféré : Rocco’s Tacos and Tequila Bar (Fort Lauderdale)
Un pays parmi bien d’autres qu’elle aimerait visiter : la Nouvelle-Zélande
Un personnage historique qu’elle admire : Nelson Mandela, pour la force de ses convictions, sa grande humanité, son courage et son leadership. La preuve qu’une seule personne peut faire une différence.
Si elle n’était pas avocate, elle serait… vétérinaire!

Me Julie Demers est directrice, affaires juridiques et secrétaire corporative de Manac inc., le plus important fabricant de semi-remorques au Canada et un chef de file dans la fabrication de semi-remorques spécialisées en Amérique du Nord. Elle s’est jointe à Manac en juin 2014, quelques mois après la clôture du premier appel public à l’épargne de la société à la Bourse de Toronto. Me Demers est membre du comité de direction de Manac et agit à titre d’avocate conseil au sein de la société et ses filiales pour toutes les questions de droit, d’assurances et la gestion des litiges. Elle a piloté la privatisation de Manac par un consortium d’investisseurs, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ, en octobre 2015.
Avant de se joindre à Manac, Me Demers a œuvré pendant sept ans au sein de la Bourse de Toronto à titre de gestionnaire principale au sein du département des services aux émetteurs inscrits et, auparavant, pendant cinq ans au sein du groupe de pratique du droit des sociétés de Desjardins Ducharme à Montréal. Sa pratique portait essentiellement sur les valeurs mobilières, le financement des sociétés et les fusions & acquisitions.
Me Demers siège également aux conseils d’administration de la Fondation Carrefour pour Elle et du Centre de la Petite Enfance Tout-Doux.

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