Faisons parler les leaders – Martin Cauchon

Faisons parler les leaders – Martin Cauchon

Dominique Tardif rencontre cette semaine Martin Cauchon à la fois avocat et homme politique, ancien ministre de la justice et ancien procureur général du Canada.

L’honorable Martin Cauchon est associé au bureau de Gowlings à Montréal.

Pourquoi avez-vous, à l’origine, choisi le droit par opposition à un autre métier ou une autre profession ? Votre objectif était-il à l’époque de devenir avocat ou était-ce déjà celui de faire une carrière politique ?
La vraie réponse, c’est que j’avais déjà décidé, lorsque j’ai entrepris mes études en droit, de devenir politicien. Nous vivons dans une démocratie et un état de droit et devenir avocat me permettait de mieux comprendre la structure et l’infrastructure juridique, de même que les rouages et le fonctionnement de la société. Beaucoup de politiciens sont aussi issus de la profession juridique, d’ailleurs. Le droit aide à mieux comprendre le système, notamment quand il s’agit de débattre de lois et de voter.
J’ai aussi choisi le droit parce que j’étais très attiré par le ‘volet représentations’, le ‘volet  plaidoiries’ – avec lequel on peut établir un parallèle avec le fait d’être politicien, de s’exprimer en public et de faire valoir son point de vue.

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Mon plus grand défi de carrière est survenu alors que j’étais ministre de la Justice et procureur général du Canada. La Cour d’appel de l’Ontario, sous la plume du Juge en chef, avait rendu un jugement qui déclarait comme anticonstitutionnelle la définition classique du mariage comme elle excluait le mariage des conjoints de même sexe. Plutôt que de procéder par permission d’en appeler à la Cour suprême ou de procéder par renvoi, j’ai plutôt fait une prise de position politique en faveur de la reconnaissance des conjoints de même sexe. J’ai préparé un projet de loi et ai ensuite procédé, pour le faire reconnaître, par renvoi à la Cour suprême relativement au projet de loi en question. Ce dossier en a été un qui était véritablement fascinant et qui a apporté des changements importants dans notre société.

Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il ? Quels sont selon vous les changements à anticiper au cours des années à venir quant à l’exercice de la profession ?
Nous avons au Canada un système de justice exceptionnel et remarquable – probablement même le meilleur au monde – tant en termes de qualité, de compétence des juges et d’intégrité.
Cela dit, l’accès à la justice est un enjeu qui demeure. Le coût des services juridiques  y est pour quelque chose : comme la plupart des citoyens, je souhaite, si je suis un jour poursuivi, d’être pour cette raison en mesure de régler très rapidement. Les délais, quant à eux, ont aussi un impact sur l’accès à la justice. Finalement, il est un principe bien connu en droit qui veut que ‘nul n’est censé ignorer la loi’. Il est important de permettre aux gens de mieux comprendre le droit, de façon à démocratiser le système juridique et à le rendre plus accessible. Des initiatives comme Éducaloi, dont je suis le président du conseil d’administration, vont dans ce sens. De la même façon, les Juges en chef et ministres de la Justice ont fait beaucoup de travail pour rendre les choses plus accessibles, en créant notamment toutes sortes de règles pour ‘désengorger’ les tribunaux.
Et ce qu’il faut faire, c’est simplement de continuer à faire encore plus.

La perception du public envers les avocats et politiciens est-elle à votre avis plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts ?
Quant à la politique, je crois que c’est semblable, et non pire. Je pense que les moyens de communication, cependant, ont évolué, et que les gens sont en conséquence mieux informés. Je ne connais personne qui va en politique pour s’enrichir, vous savez; on se lance en politique parce que ce qui nous anime est d’aider les gens et de construire et aider à bâtir la société.
Quant au juridique, je crois aussi que la perception est semblable. Il est vrai cependant que les règles sont complexes, ce qui rend nécessaire le recours aux avocats, dont les services sont coûteux. Le Barreau et différents organismes font cependant beaucoup d’efforts pour rapprocher la profession des gens.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière en droit et étant intéressé par la politique? Quelle est la recette du succès ?
Il y a plusieurs années, un ministre senior du gouvernement Chrétien avec qui je discutais m’a dit que “dans la vie, peu importe quel est ton objectif, il ne faut jamais en dévier ou en changer”.
Je viens moi-même d’un milieu très modeste, et lorsque j’étais jeune, je voulais devenir politicien. La première étape pour y arriver était pour moi de devenir avocat : tout ce que j’ai fait par la suite l’a donc été en fonction de cet objectif. Par la suite, j’ai fait la même chose pour devenir politicien.
La maîtrise que j’ai complétée en droit des affaires en Angleterre m’a beaucoup aidé. Nous parlions déjà beaucoup de mondialisation et d’ouverture sur le monde à l’époque, et ces études m’ont donné l’occasion de découvrir autre chose, d’en connaître davantage sur la communauté économique européenne qui était en développement, etc. Une telle expérience permet, quand on revient au pays, d’avoir une meilleure compréhension des enjeux, particulièrement au niveau international. Je conseille, après l’université, aux jeunes avocats de pratiquer quelques années, puis de retourner aux études, idéalement à l’étranger, et de voyager !

Et quelles sont selon vous les aptitudes nécessaires pour être bon politicien et avocat ?
D’abord, il faut aimer le contact avec les gens et avoir une grande sensibilité envers eux. Il faut aussi, je crois, de la persévérance. Ce sont là deux éléments très importants pour réussir.

En vrac…
• Ses lectures : Ne nous en surprenons pas, ce sont d’abord et surtout les journaux! Il se promet aussi bientôt de s’attaquer à « Divided Loyalties » Auteur : Brooke Jeffrey.
• Un film qu’il a vu récemment et aimé : « Le réseau social » Réalisateur : David Fincher.
• Les restaurants qu’il aime : Chez Lévêque (rue Laurier), Le Nantua (rue Notre-Dame Ouest) pour le poisson, et Le Muscadin (rue Notre-Dame Ouest) pour l’italien.
• Un pays qu’il trouve fascinant : La Chine, où il a beaucoup été, notamment pour contribuer au positionnement du cabinet dans la région.
• S’il n’était ni avocat ni politicien, il serait… dans le milieu de l’ébénisterie, comme son père!

Bio
Me Martin Cauchon a été élu député à la Chambre des communes pour la première fois en octobre 1993, dans la circonscription fédérale d’Outremont, au Québec. Tout au long de sa carrière politique, Me Cauchon a occupé diverses fonctions d’importance au sein du gouvernement fédéral, dont secrétaire d’État (Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec) de janvier 1996 à janvier 2002, ministre du Revenu national d’août 1999 à janvier 2002 et ministre de la Justice et procureur général du Canada de janvier 2002 à décembre 2003; au cours de la même période, il était également ministre responsable du Québec.
Parallèlement à ses fonctions ministérielles, Me Cauchon a siégé à de nombreux comités du Cabinet, dont le Comité sur l’union économique, et le Comité sur l’union sociale. Me Cauchon a également siégé au Comité ministériel spécial sur la sécurité publique et l’antiterrorisme. Il a été vice-président du Comité permanent des comptes publics en 1994, en plus d’occuper la présidence de l’Association interparlementaire Canada-France de 1994 à 1995. En outre, il a assumé la présidence de l’aile québécoise du Parti libéral du Canada, de 1993 à 1995.
À titre de secrétaire d’État (Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec), Me Cauchon a consacré une grande partie de ses activités auprès des petites et moyennes entreprises (PME) et des différents acteurs du développement économique de la province de Québec, afin de les aider à faire face aux défis posés par l’économie du savoir et la mondialisation des marchés.
En tant que ministre du Revenu national, Me Cauchon était aussi responsable des douanes du Canada. Me Cauchon a contribué à la transformation du ministère du Revenu en Agence des douanes et du revenu du Canada, en a amélioré la gestion des crédits d’impôt pour la recherche et le développement, et a déposé une loi proposant la modernisation des douanes canadiennes. Cette loi a ainsi permis la simplification du processus de gestion des douanes, tout en assurant une évaluation et une gestion plus efficaces du risque, dans une société où le nombre d’individus et de produits qui traversent les frontières, plus particulièrement entre le Canada et les États-Unis, augmente sans cesse.
Lorsqu’il était ministre de la Justice et procureur général du Canada, Me Cauchon s’est investi grandement dans les causes touchant les enjeux des droits de la personne. En plus, il a déposé un projet de loi proposant la modernisation de la loi sur la responsabilité pénale des sociétés et s’est attaqué au problème de la fraude dans les marchés financiers.
Avant de se lancer en politique, Me Cauchon a pratiqué le droit dans le domaine du litige civil et commercial de 1985 à 1993. Il siège au conseil d’administration de nombreuses sociétés.


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