Faisons parler les leaders – Catherine McKenzie

Faisons parler les leaders – Catherine McKenzie

Cette semaine, Dominique Tardif, de ZSA, s’entretient avec Me Catherine McKenzie, associée chez Irving Mitchell Kalichman, et auteur de romans. Une rencontre à mi chemin entre le droit et l’écriture.

Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier, comme celle d’écrivain à temps plein par exemple?
J’ai toujours voulu être avocate: déjà, au secondaire, j’y pensais! Contrairement à ce que l’on pourrait être porté à croire, je n’ai jamais envisagé une carrière en littérature. L’écriture était simplement une activité à laquelle je m’adonnais. Par contre, j’ai bien rêvé pendant quelques années d’être comédienne! L’aspect assez aléatoire de cette carrière, tout dépendant du casting que l’on a et des besoins, m’a cependant fait changer d’idée.

Quant au droit, j’aimais l’aspect du discours public et la possibilité de convaincre des gens, outre le fait que c’est une discipline qui permet d’apprendre tous les jours et qui est très stimulante intellectuellement.

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière jusqu’ici?
J’ai été en Cour suprême du Canada pour la première fois comme plaideuse en février dernier, aux côtés d’un autre associé du bureau. Cela a nécessité une énorme préparation, mais tout s’est bien déroulé. Une question constitutionnelle sous étude m’a donné l’impression de refaire mon cours d’université! Je crois bien avoir lu plus de causes en l’espace de trois semaines que j’en ai lu au cours de ma première année de droit!

Parlez-moi du défi que représente le fait de pratiquer le droit en cabinet et d’écrire en même temps?:

Le défi vient de la nécessité de trouver du temps pour tout faire! Être écrivain n’implique pas seulement que d’écrire : c’est presque comme avoir une petite entreprise. Outre Facebook et Twitter, il y a les révisions de traduction, les réponses aux questions, les relectures de nouvelles versions, les approbations de page couverture, la planification de la sortie d’un livre dans un autre pays, etc.

Quand j’écris un livre, les 20 000 premiers mots sont plus simples, alors que le milieu de l’intrigue constitue la partie la plus difficile : il faut penser à tous les personnages, élaborer les scénarios et rédiger de façon à ce que cela demeure intéressant, bien sûr!

Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?
J’éliminerais le manque de courtoisie dont font preuve certains avocats. Malheureusement, il est possible pour un très petit nombre d’avocats de rendre la vie très difficile à beaucoup d’autres. Avoir un dossier où l’autre partie ne répond pas à nos lettres, ne retourne pas nos appels ou n’est pas courtois rend les choses très désagréables, tant pour l’avocat que pour le client.

J’ai bien l’impression que, si les avocats montraient tous un plus haut niveau de courtoisie, moins de gens quitteraient la pratique privée. A l’extérieur de la cour, la confrontation n’est généralement pas nécessaire : il est possible de discuter entre collègues de façon raisonnable, même en litige, plutôt que de faire des batailles pour des choses qui n’en méritent pas.

Quel est votre avis sur la perception du public envers la profession et les avocats?
Je me souviens que, lorsque j’étais à l’université et mentionnais mon domaine d’études, les gens semblaient bien heureux que j’aie choisi le droit et me félicitaient. Quelques années plus tard, lorsque je répondais être devenue avocate, leur réaction semblait moins positive. Ce n’était pourtant pas une surprise après des études en droit! (rires).

Les gens voient souvent – et malheureusement – la profession de façon négative. Pour ne donner qu’un exemple du quotidien, après avoir mentionné dans le taxi que je suis avocate, c’est l’histoire de divorce du chauffeur que j’entends : les gens ont de la difficulté à distinguer la profession de leur expérience personnelle du litige. Ils ne connaissent pas non plus toute l’étendue de la pratique, mais bien souvent seulement certains cas précis et souvent extrêmes.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière, ayant bien d’autres intérêts que le droit (qu’il s’agisse de l’écriture ou d’autre chose), mais voulant percer comme vous en cabinet privé? Comment fait-on pour faire les deux?
A mon avis, il est très important de non seulement avoir d’autres intérêts que le droit, mais de les conserver. Il faut trouver le temps pour les choses que l’on aime et choisir son bureau d’avocats de la bonne façon, en s’assurant que les attentes, de part et d’autre, pourront être rencontrées.

Il est possible de cumuler ses intérêts, tout en sachant qu’il y aura des moments où la profession prendra presque toute la place. Il faut aussi savoir accepter qu’il n’est pas possible de tout faire; aucun endroit ne nous permettra par ailleurs de faire tout ce qu’on l’on veut! Cela dit, il est possible de choisir son bureau et le type de carrière que l’on veut avoir, sachant que certains sacrifices viendront de pair avec nos choix.
Tout devient une question de priorités, de choix et de conséquences qui impactent nos vies.

En vrac…

Le dernier bon livre qu’elle a lu – Eleanor & Park (auteur : Rainbow Rowell)

Le dernier bon film qu’elle a vu – Dallas Buyers Club (réalisateur : Jean-Marc Vallée)

Son chanteur préféré – Bob Dylan

Son expression ou diction préféré– ‘Can you unpack that?’, pour signifier : ‘peux-tu expliquer davantage, élaborer, m’en dire plus?’.

Son péché mignon – les Pringles au fromage!

Son restaurant préféré – Tuck Shop (Rue Notre-Dame, à Montréal)

Le pays qu’elle aimerait visiter – Le Japon

Le personnage historique qu’elle admire le plus (et pourquoi?) – elle est fan de Jane Austen, comme ce qu’elle a écrit, au moment où elle l’a écrit, était extraordinaire pour une femme.

Si elle n’était pas avocate, elle serait…un astronaute!!!!

Bio

Me Catherine McKenzie est associée chez Irving Mitchell Kalichman et membre de l’étude depuis 1997. Elle pratique en litige et a une expérience enviable dans des dossiers d’envergure. Elle a fait sa marque dans de nombreux recours en injonction, dans des recours collectifs ainsi que dans les domaines du droit de l’emploi et du droit des télécommunications. Elle cumule des représentations devant toutes les instances au Québec et est également intervenue devant la Cour suprême du Canada.

Outre le litige, Me McKenzie a une autre passion, l’écriture. Elle a en effet, depuis 2006, publié quatre romans : Spin, 2009 (Ivresse – Espionnage et désintox, 2011); Arranged, 2012 (Sur mesure, 2012); Forgotten, 2012 (Oubliée, 2014), Hidden, (2014, à être traduit), publiés aux éditions William Morrow Paperbacks et Goélette.

Depuis janvier 2013, elle contribue au The Huffington Post où, chaque semaine, elle nous parle d’un livre qu’elle a lu, dans sa chronique « Fifty‑Two Weeks, Fifty‑Two Books ». Elle travaille aussi sur le script d’une série télé, Jessica Z, une adaptation d’un roman de Shawn Klomparens. C’est sa première expérience en télévision ou au cinéma. Pour plus d’informations sur ses romans, consultez http://catherinemckenzie.com/.


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