Faisons parler les leaders – Guy Tremblay

Faisons parler les leaders – Guy Tremblay

Cette semaine, Dominique Tardif rencontre Guy Tremblay un expert en droit du travail, fin négociateur et stratège averti, coassocié directeur du cabinet Heenan Blaikie.

Guy Tremblay revient sur son parcours, commente ses choix de carrière et nous parle des défis qui ont jalonné sa vie professionnelle.

Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou une autre profession ?
Pour répondre, je crois qu’il faut se replacer dans les années soixante, au moment où les professions libérales étaient celles qui dominaient la scène professionnelle : on faisait médecin, avocat ou prêtre. Nous étions élevés dans le respect de ces professions, et relativement peu éveillés aux emplois scientifiques et aux métiers liés au commerce.  Ma mère était infirmière, et aurait bien aimé que je choisisse la médecine. J’ai cependant, ce que je n’ai d’ailleurs jamais regretté, choisi le droit…et ignoré la prêtrise (rires).

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face chez Heenan ?

Ce que j’ai, quand j’y pense en rétrospective, probablement trouvé de plus difficile, est d’avoir été nommé coassocié directeur avec mon collègue Norm Bacal dans un contexte de crise. Celui qui occupait la place avant moi a été gravement malade, et a dû quitter son poste abruptement pour des raisons de santé, d’où mon arrivée dans ce poste.
J’étais certainement ‘prêt à servir’, mais je n’étais pas préparé pour le faire. Je me suis retrouvé en poste très rapidement, et ai dû m’y adapter et contribuer à la croissance du cabinet, en même temps que je gérais ma pratique et mes clients, qui m’occupaient beaucoup déjà.

Et que faut-il développer pour arriver à être un bon coassocié directeur ?

Je crois que la qualité première est celle de l’écoute. Nous sommes bien souvent, comme avocat, appelé à tout de suite donner des conseils, alors que ce n’est souvent pas du tout ce qu’il faut faire comme coassocié directeur. Gérer des professionnels implique de s’impliquer sur les questions de rétention, de recrutement, d’accession au statut d’associé, de conflits d’intérêts, de croissance du cabinet et d’orientation de cette même croissance, etc.  Beaucoup d’idées sont donc générées, et toutes ne doivent pas être retenues. Le rôle implique aussi de parfois savoir convaincre ses associés de prendre une tangente plutôt qu’une autre – et pour bien réussir à le faire, il faut bien comprendre ce que ses collègues recherchent.
Les cabinets ont des valeurs dont les associés directeurs sont non pas des gestionnaires, mais plutôt des fiduciaires. L’objectif est de restituer ces valeurs, à la fin de notre mandat, dans la même intégrité qu’elles l’étaient au début.
Je souhaite à mon successeur éventuel d’être, simplement, mieux préparé que je ne l’étais. Je crois qu’une fois adapté, et une fois les enjeux bien compris, on relativise plus facilement l’importance de certains problèmes, ce qui nous aide par ailleurs à mieux gérer.

Quels sont selon vous les changements à anticiper au cours des années à venir quant à l’exercice de la profession en cabinet ?

D’une part, je suis d’avis que la notion d’avocat qui est au service de son client et qui le défend personnellement est beaucoup moins présente qu’avant. Par analogie, l’avocat d’autrefois était un peu comme un médecin de famille, alors que c’est moins le cas maintenant. Pourquoi? Parce que les choses ont changé, parce que les cabinets d’avocats sont maintenant de grosses entreprises. Et il n’y a plus toujours cette même loyauté, cette même fidélité et ce même contact chaleureux.
Les clients veulent être des partenaires d’affaires, obtenir la soumission la plus réaliste, procéder par appels d’offres et établir la structure de prix qui leur correspond le mieux – ce qui se comprend, mais qui a aussi pour conséquence, si l’on veut être des cabinets d’affaires comme on l’est, que la tendance ne changera probablement pas sur ce point.
D’autre part, le Canada est un marché mature. La croissance vient, oui, des clients et de l’économie, mais surtout des pays émergents, ce qui implique de faire des choix quant aux secteurs de pratique. Quant à nous, et compte tenu de cette réalité, nous sommes présents dans neuf villes, avons des plans d’expansion, un bureau à Paris et bureau correspondant à Singapour, en Asie.

La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis ?

Je crois qu’il faut, pour répondre, faire une distinction entre la perception du public et celle du client.
Quant au public : la justice n’est pas accessible pour ‘monsieur-tout-le-monde’, qui n’a pas les moyens de se payer les services. Il est donc compréhensible que le public soit très cynique par rapport au système.  Or, dans des cabinets comme les nôtres, ces gens ne sont souvent pas nos clients, qui se composent plutôt de gens d’affaires et de corporations. Et les choses sont donc différentes : nous mesurons d’ailleurs la satisfaction de nos clients, et je suis content de pouvoir dire que je n’ai pas eu à gérer un arbitrage au cours des quatorze années où j’ai été coassocié directeur.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui débute et qui veut avoir une carrière semblable à la vôtre ?

Je crois qu’il faut avoir la passion, parce que le métier vous permet de vous révéler, à vos yeux et à ceux des autres aussi. Vous devez avoir envie d’aller au bureau le matin, de rencontrer des gens intéressants, de travailler sur des dossiers stimulants, d’apprendre et de vous investir. Il faut, le soir, lorsque vous quittez, que vous le fassiez à regret. Il faut bien sûr avoir la joie de retrouver la famille après une journée bien remplie, mais quel beau rêve de penser à la solution pour votre dossier en vous couchant le soir !
Le travail doit être une passion, et non pas ‘une job’. Si vous cherchez un poste à 40h par semaine, un cabinet pourra évidemment vous accommoder, mais d’autres qui ont la passion progresseront probablement plus vite que vous. Ce n’est évidemment pas fait pour tout le monde – mais il y en a qui sont, tout simplement, fait pour être ici ! Nos avocats sont disponibles quand besoin est et plusieurs sont même branchés de la maison – et ce n’est pas parce qu’on les y force : c’est parce qu’ils ont la flamme ! Avoir la flamme, c’est se dévouer, s’impliquer, se projeter dans le dossier, l’aimer et être capable de bâtir des équipes.

En vrac…
• Dernier bon livre qu’il a lu – «L’homme inquiet » Auteur : Henning Mankell,  « Fall of Giants » Auteur : Ken Follet.
• Dernier bon film qu’il a vu : « The King’s Speech » Réalisateur : Tom Hooper
• Restaurant préféré : Tapeo Bar à Tapas (rue Villeray)
• Pays qu’il aimerait visiter : L’Autriche.
• S’il n’était pas avocat, il serait… sans doute professeur de golf !

Bio
Dès son admission au Barreau, en 1972, Me Guy Tremblay oriente sa pratique vers le droit du travail et de l’emploi. Après avoir été conseiller juridique de l’Association de la construction de Montréal et à la direction générale des relations de travail du gouvernement du Québec, il se joint à Heenan Blaikie en 1977.
Depuis, sa pratique se consacre au droit du travail. Négociateur chevronné et fin stratège, il est l’artisan de la solution à maints conflits de travail affectant des entreprises privées, et participe régulièrement à la conclusion de conventions collectives.
En 1997, alors que Heenan Blaikie compte quelque 200 avocats, Me Tremblay devient un des deux coassociés directeurs nationaux du cabinet. Sous leur direction, le cabinet connaît une croissance continue : en ce début de 2011, le cabinet compte plus de 550 avocats et professionnels dans quatre provinces canadiennes de même qu’à Paris.
Me Tremblay s’engage par ailleurs pleinement dans les activités de la Fédération des chambres de commerce du Québec, dont il fut président en 2001-2002. Depuis octobre 2010, il siège au conseil d’administration de l’Institut économique de Montréal, un organisme de recherche et d’éducation indépendant, non partisan et sans but lucratif, ayant pour mission d’alimenter les débats sur les politiques publiques au Québec et au Canada.


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