Faisons parler les leaders – Janie C. Béïque

Faisons parler les leaders – Janie C. Béïque

Cette semaine, c’est au tour de Janie C. Béïque, d’être questionnée par Dominique Tardif. La vice-présidente principale Ressources naturelles, industries et consommation du Fonds de solidarité FTQ raconte son parcours.

Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ou une autre profession ?
Mon choix a été le résultat d’une combinaison de deux facteurs. D’abord, j’ai toujours eu un grand intérêt pour les romans policiers, même lorsque j’étais jeune. La perspective de résoudre des énigmes et de voir la justice triompher m’attirait beaucoup. Par ailleurs, le fait que mon père agissait comme témoin expert dans des causes, exerçait sur moi une grande fascination, lorsqu’il nous en parlait le soir après sa journée de travail.
J’ai longtemps hésité, il est vrai, entre le droit et le domaine de la santé. Il était important pour moi de faire une réelle différence, et mon choix s’est finalement porté sur le droit. Après avoir travaillé à l’aide juridique, j’ai fait mon stage chez McCarthy Tétrault, où je suis restée jusqu’à ce que je fasse le saut en entreprise au Fonds de solidarité FTQ.

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?
J’ai eu la chance d’avoir beaucoup de défis dans ma carrière, et le plus grand d’entre eux a certainement été celui de devoir sortir souvent de ma zone de confort. Chez McCarthy, j’ai d’abord eu la chance d’avoir une pratique très transactionnelle, diversifiée et impliquant des dossiers très complexes.
Arrivée au Fonds comme vice-présidente des affaires juridiques et secrétaire corporative, j’ai rapidement été nommée au comité de direction. Le Fonds connait une très grande croissance et, comme pour toute entreprise placée dans la même situation, elle fait face à plusieurs défis pour la gérer. Ici encore, j’ai eu la chance de travailler sur des dossiers très variés m’amenant à sortir de ma zone de confort. Et puis il y a quatre ans maintenant, j’ai fait une transition vers l’investissement, en acceptant le poste de vice-présidente principale Nouvelle économie qu’on m’a offert, alors que je ne m’y attendais pas. J’ai ainsi passé trois années à travailler étroitement avec le secteur des technologies et sciences de la vie, qui regroupe des entreprises aux défis importants, compte tenu du fréquent manque de capitaux dans le secteur. Depuis un an, je me concentre sur le secteur des ressources naturelles, industries et produits de consommation, où les entreprises sont réparties en 14 secteurs allant du divertissement aux produits de consommation, en passant par les mines, l’agroalimentaire, l’énergie et le bois : très varié !
Au fil du temps, c’est cette série de dossiers et de rencontres qui ont fait que je suis devenue qui je suis, plutôt qu’un dossier ou une personne en particulier.

Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit ?
Je suis de ceux qui croient que ceux qui réussissent en droit sont ceux qui s’investissent véritablement auprès de leurs clients. Ces praticiens sont ceux qui ne sont pas orientés uniquement vers les résultats à court terme ou les heures facturables, mais qui pensent à plus long terme. Ces individus sont ceux qui prennent le temps de connaître et de comprendre les défis que l’entreprise vit à l’interne. Ce sont ceux qui nous font également sentir qu’ils pensent à nous et qui entrent régulièrement en contact, en nous faisant même parfois parvenir des informations pertinentes sans qu’on ait à même les demander. Et pour ces mêmes raisons, ce sont de ces gens-là dont on se souvient lorsqu’on pratique en entreprise et que vient le temps de confier un mandat externe.
Chaque fois qu’il pose un geste, si l’avocat sent qu’il doit “facturer dix minutes de son temps”, le rendement n’est pas optimal. Les cabinets d’avocats doivent, à mon avis, être gérés comme des entreprises et réfléchir à la façon d’apporter de la valeur ajoutée. Il est en effet un plaisir que de payer un compte d’honoraires lorsque quelqu’un a beaucoup apporté dans le cadre d’une transaction.
Le fait de s’impliquer auprès de ses clients ainsi qu’auprès de sa communauté permet de contribuer à faire croître les entreprises, et permet par ricochet à la profession d’être bien perçue.

La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique ?
Je suis d’avis que la perception est plutôt semblable à ce qu’elle était à mes débuts en carrière. Je côtoie quotidiennement des entrepreneurs qui travaillent avec des avocats qui s’investissent vraiment pour eux et qui agissent comme de véritables conseillers d’affaires alors que, à l’inverse, j’en rencontre aussi d’autres qui ont été “moins chanceux” et qui ont une moins bonne opinion de la profession. La perception varie, malheureusement, beaucoup d’une entreprise à une autre.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et qui veut gravir les échelons dans le milieu juridique et des affaires comme vous l’avez fait ?
Il faut beaucoup de travail, de détermination et de passion pour réussir. Il est aussi nécessaire de ne pas avoir peur de sortir de sa zone de confort et de relever des défis.
Personnellement, le fait d’avoir travaillé sur des dossiers diversifiés m’a beaucoup aidée. Chez McCarthy, par exemple, j’ai eu accès à des dossiers touchant tant le financement bancaire que le financement privé ou les financements sur les marchés publics, en plus de travailler sur des transactions d’acquisition desquelles émergeaient des questions aussi variées que le droit de l’environnement, le droit réglementaire et le droit de travail. J’ai par ailleurs aussi pu développer des réflexes en litige par le biais de dossiers d’offres publiques hostiles nous ayant amenés devant les tribunaux.
Le talent est évidemment nécessaire pour réussir, mais c’est aussi beaucoup une question de passion et de détermination. La combinaison de ces trois facteurs contribue à faire de nous qui nous sommes et à faire en sorte que nous progressons. Le talent, sans passion et sans volonté de travailler, ne donne tout simplement pas les mêmes résultats!

En vrac…
• Son livre du moment, puisqu’elle lit de trente minutes à une heure chaque jour :  la biographie de Bill Gates. Elle a aussi aimé celle de Barack Obama et dévore les bouquins d’Éric-Emmanuel Schmitt.
• L’instrument qu’elle a pratiqué pendant plusieurs années : Le piano classique.
• Elle écoute souvent : Feist, Leonard Cohen et Coldplay.
• Son expression préférée : “quand on veut, on peut”. (traduction libre de “When there is a will, there is a way”).
• Son péché mignon : Le chocolat, dit-elle sans hésitation !
• Son restaurant préféré : Portus calle (Boulevard Saint-Laurent, Montréal).
• Le continent qu’elle aimerait découvrir : l’Asie en commençant probablement par le Vietnam.
• Le personnage historique qu’elle admire le plus, et pourquoi : Napoléon. Non seulement parce que c’était un  stratège incroyable, mais aussi parce qu’il a écrit le code civil qu’on utilise encore aujourd’hui, tout cela à travers bien des conquêtes. C’était un homme fascinant, qui a beaucoup apporté sur les plans de la civilisation, des lois, de la structure et du gouvernement, et qui a pensé à énormément de choses dans des sphères d’activités totalement différentes les unes des autres.
• Si elle n’était pas avocate, elle serait… (et cela ne vous surprendra pas !) entrepreneure !

Bio

Me Janie C. Béïque s’est jointe au Fonds de solidarité FTQ en 2000. Avant d’être nommée vice-présidente principale Ressources naturelles, industries et consommation, elle a occupé le poste de vice-présidente principale Nouvelle économie. Auparavant, elle occupait le poste de vice-présidente aux affaires juridiques et de secrétaire corporative. À ce titre, elle était responsable de l’ensemble des activités juridiques et réglementaires, ainsi que de nombreux dossiers gouvernementaux ; elle était également membre du comité de direction du Fonds. Me Béïque siège au comité de gestion des investissements et à plusieurs autres comités du Fonds de solidarité FTQ. Elle siège également au conseil d’administration de l’Association canadienne du capital de risque (ACCR), au comité consultatif de l’Autorité des marchés financiers sur le financement des PME ainsi qu’au comité d’investissement de Teralys Capital. Enfin, elle est membre du jury du grand prix québécois de la qualité. Par ailleurs, elle a été coprésidente de Réseau Capital, ainsi que membre du comité exécutif et du conseil d’administration de ce regroupement. Elle a aussi siégé au conseil d’administration de BioQuébec et de Montréal InVivo. Avant son arrivée au Fonds, Me Béïque a travaillé pour un cabinet d’avocats de premier plan. En 2005, elle a été choisie par le magazine L’Expert parmi les 40 meilleurs conseillers juridiques d’entreprises au Canada âgés de 40 ans et moins. Titulaire d’un baccalauréat en droit de l’Université de Montréal, Me Béïque est membre du Barreau du Québec depuis 1991 et est inscrite au tableau de l’Ordre.


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