Faisons parler les leaders – Jean-Louis Baudouin

Faisons parler les leaders – Jean-Louis Baudouin

Cette semaine, Dominique Tardif rencontre Jean-Louis Baudouin, ex-juge à la Cour d’appel, qui nous parle de sa carrière et de ses grands défis professionnels.

Ancien juge à la Cour d’appel du Québec de 1989 à 2009, Me Jean-Louis Baudouin est aujourd’hui associé chez Fasken Martineau.

Pourquoi avez-vous décidé d’être avocat?
Dans mon cas, c’était vraiment de la prédestination! C’est presque génétique en fait : je suis la  12e génération de juristes de la famille. C’est donc dire que le choix était un peu restreint! J’aurais aimé aller en médecine, mais comme j’étais d’une nullité absolue en mathématique (!), il fallait y renoncer! Quant au droit, mon père était professeur de droit, mon grand-père était juge et mon arrière grand-père était premier président de la Cour de cassation, en  France.

Vous avez notamment été avocat en pratique privée, professeur d’Université et juge à la Cour d’appel du Québec. Quel est donc, de cette carrière bien remplie, le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face?
Je dirais que le plus grand défi était d’être juge. Le premier défi est de développer une connaissance générale de l’ensemble des sphères du droit, alors qu’on est spécialisé dans certains domaines. Ce qui implique donc une mise à jour des connaissances. Le second défi est de bien juger, de trouver la bonne solution, non seulement sur le plan juridique, mais aussi du point de vue éthique et moral. Il y a bien certains dossiers qui m’ont fait mal dormir pendant une semaine, d’autant plus qu’on a souvent la vie et l’avenir des gens entre nos mains!
Et quels sont les domaines les plus difficiles?
Le droit criminel et pénal, notamment lorsqu’on parle de détermination de la peine et de la culpabilité d’un individu. Ce sont des dossiers dramatiques, dans lesquels on ne parle pas de gros sous, mais où l’on fait affaires avec de la chair et du sang.

Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il?
Je changerais plusieurs choses. D’abord, parlons d’une certaine simplification des lois et règlements. On réglemente aujourd’hui pratiquement tout ce qui est « réglementable », et parfois on dirait même que les juristes s’y perdent!
Il faudrait aussi une meilleure conscientisation des jeunes au droit, à commencer même au niveau secondaire, question de les ouvrir aux grands principes de justice et de leur expliquer ce qu’est le rôle d’un avocat, d’un juge et de la loi.
Évidemment, il y a les coûts et la rapidité du système judiciaire. Quant à la rapidité, nous sommes malgré tout très corrects par rapport à bien d’autres pays, étant en fait dans le peloton de tête.

Vous avez été juge : quel conseil donneriez-vous donc à quelqu’un débutant sa carrière en litige? Qu’est-ce qui fait qu’on est un bon avocat de litige?
En droit, les choses ne sont en général pas blanches ou noires. Évidemment, la faculté de convaincre l’autre du bien-fondé de son point de vue est importante.
Il faut aussi être honnête, et ne pas chercher à tromper, directement ou indirectement, les tribunaux.
Et ça arrive?
C’est rare, mais ça peut arriver. Une réputation, vous savez, prend des années à construire, mais peut se détruire beaucoup plus rapidement.
La capacité de synthèse, aussi, est importante, d’autant plus que beaucoup de procès sont très compliqués. Il faut arriver à simplifier les choses de façon correcte.

En vrac …
• Des bons livres ?
Il a bien sûr lu la série « Millenium », écrite par le suédois Stieg Larsson. Il aime aussi beaucoup les romans policiers de Jean-François Parot (dont « L’Homme au ventre de plomb », et « Le Sang des farines »), qui se déroulent au 18e siècle et qui recèlent, au grand bonheur de Me Baudouin,  des recettes de cuisine de l’époque!
• Des bons films qu’il a vus et qu’il recommande :
« Shutter Island » (Réalisateur : Martin Scorsese), « La vie des autres » (Réalisateur : Florian Henckel) et  « L’Orchestra » (Réalisateur : Agostino Ferrente).
• Restaurants préférés :
Europea (sur la Rue de la Montagne) pour la cuisine gastromonique, et Tonnerre de Brest (sur l’Avenue Van Horne) pour la cuisine bistro.
• Où il aimerait aller?
Au Sri Lanka et au Myanmar.
• S’il n’avait pas été juriste, il aurait bien aimé être…
Professeur de planche à voile dans une île du sud!

Bio
Jean-Louis Baudouin a d’abord été professeur à la faculté de droit de l’Université de Montréal, où il a enseigné le droit des obligations, la responsabilité civile, le droit médical et la bioéthique.  Me Baudouin a fondé, en 2006, la Chaire Jean-Louis Baudouin de droit civil à la Faculté de droit de l’Université de Montréal, dotée d’un fonds d’un million de dollars.  Il est, depuis janvier 2009, associé au sein du cabinet Fasken Martineau, à Montréal.
Diplômé en droit de l’Université McGill (1958), membre du Barreau du Québec depuis 1959, Me Baudouin détient également un doctorat d’état de la faculté de droit de Paris (1962), ainsi qu’un diplôme d’études supérieures de droit comparé de la Faculté internationale de droit comparé de Madrid et Strasbourg (1962).
Me Baudouin est l’auteur de plus d’une centaine d’articles publiés dans les revues canadiennes (Revue du Barreau canadien, Revue du Barreau, Cahiers de droit, Revue Thémis, Revue de droit de McGill, Revue de droit de Sherbrooke et d’Ottawa, etc.) et étrangères (Tulane Law Review, Louisiana Law Review, Revue internationale du droit comparé, Revue juridique et politique Indépendance et Coopération, Revue internationale de droit pénal, International Journal of Medicine and Law, Journal International de bioéthique, etc.). On lui doit des ouvrages ou des traités sur le secret professionnel et le droit au secret dans le droit de la preuve, sur les obligations (6e édition), sur la responsabilité civile délictuelle (7e édition) et un Code civil annoté (11e édition).
Conférencier recherché tant au Canada qu’à l’étranger, il a participé, en grand nombre, à des conférences, des colloques et des réunions juridiques. Il a également fait partie de nombreux comités médicaux juridiques et académiques et a organisé au Canada et à l’étranger plusieurs congrès internationaux. Me Baudouin a été également consultant du Gouvernement du Canada sur certains problèmes de bioéthique.


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