Faisons parler les leaders – Johanne Brodeur

Faisons parler les leaders – Johanne Brodeur

Cette semaine, Dominique Tardif, de ZSA, rencontre Johanne Brodeur, directrice du service juridique et du contentieux de l’Union des producteurs agricoles et bâtonnière du Québec élue pour 2013-2014.

Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier? Était-ce une évidence depuis que vous étiez toute jeune, le fruit de longues réflexions ou le résultat d’un choix par élimination?
En fait, depuis que je suis très jeune, la justice est très importante pour moi. Petite, je défendais mes amis en classe et dans la cour d’école. Mon père, par ailleurs, était avocat. En vue des admissions universitaires, je me suis inscrite en anthropologie, en histoire de l’art et en droit. C’est lorsque j’ai reçu mes acceptations que je me suis décidée : le droit rejoignait mon sentiment de justice et mon désir d’agir comme porte-parole d’autres personnes. Dès que j’ai commencé les études, j’ai senti que j’étais ‘à ma place’.
Le droit international m’intéressant, j’ai étudié le droit européen  au Collège d’Europe en Belgique, après l’École du Barreau. Je pensais y vivre pour une partie de ma vie, mais les circonstances de l’époque m’ont finalement amenée à joindre le bureau de mon père. Après avoir été en pratique privée pendant 12 ans, je suis retournée vers le droit et le commerce international en acceptant le poste que j’occupe actuellement à l’UPA.

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?
Mon plus grand défi est survenu lorsque j’ai décidé de quitter la pratique privé pour me diriger vers le contentieux d’entreprise. J’ai alors choisi de sauter vers l’inconnu, en laissant de côté mon bureau, mes dossiers, le fait que je n’avais pas de patron et que j’étais, somme toute, complètement libre. J’adorais le litige, et je faisais à ce moment le choix d’avoir un rôle de conseiller – j’ai eu, il est vrai, un petit deuil à faire. Travailler pour une grande entreprise qui comptait 250 personnes dans le même bâtiment que moi, alors que j’étais habituée à un cabinet de quatre avocats de région, c’était tout un changement! Je n’ai cela dit jamais regretté ma décision, même si je dois admettre que, sur le coup, cela m’a donné un petit vertige! L’UPA fut, et est toujours, un autre coup de foudre de carrière passionnant : ayant toujours côtoyé des producteurs agricoles, je me retrouvais encore au sein de cet environnement, côtoyant des gens ayant les mêmes valeurs que mois. J’y ai découvert d’autres défis motivants, et j’y ai bâti ma propre équipe.

Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?
Si j’avais une baguette magique, je raccourcirais les délais pour améliorer l’accès à la justice. Le temps d’attente du justiciable et l’angoisse de ne pas savoir sont des choses lourdes à porter et pénibles, sans compter qu’avec les années, la mémoire s’efface. L’accès à la justice, tant pour les individus que pour les corporations, est important, comme l’issue des enjeux peut changer des vies et le cours des affaires.
Et vous travaillerez à cela, pendant votre mandat?
Oui, mais sans baguette magique par contre!, dit-elle du tac au tac.

La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?
La seule chose qui, à mon avis, n’a pas changé est la perception qu’a l’individu vis-à-vis de son propre avocat. Je crois qu’à cet égard, la perception est positive – malgré quelques exceptions évidemment – et que les gens sont fiers du travail accompli par leur avocat.
C’est sur le plan collectif que les choses ont changé. Les délais font, notamment, mal paraître les avocats, qui ‘prennent du temps’ et ‘coûtent cher’. Les seuils d’aide juridique ne sont par ailleurs pas les mêmes qu’auparavant, et contribuent à nous rendre moins accessibles. La perception est donc que et les avocats, et la profession sont perçus comme moins accessibles qu’auparavant. Il y a donc à mon avis du progrès à faire globalement.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière? Comment fait-on pour avoir le rayonnement professionnel de Johanne Brodeur?
Il faut être passionné et avoir des intérêts variés. Les jeunes avocats d’aujourd’hui ont cette possibilité d’explorer différents domaines, d’avoir différents emplois et de se diversifier. J’ai moi-même osé marcher en dehors des sentiers battus, et cela a constitué un réel avantage : je me suis fait beaucoup de contacts, ai bâti mon réseau et découvert plusieurs champs de pratique.
Je crois que, peu importe ce que l’on fait et où l’on va, il ne faut jamais faire de compromis sur ses valeurs – il faut changer de place avant cela.
Connais-toi, sois passionné et travaille fort, et le reste suivra!

En vrac…
Le dernier bon livre qu’elle a lu : Les mémoires d’Hadrien (Marguerite Yourcenar).
Le dernier bon film qu’elle a vu : Intouchables (réalisateurs: Éric Toledano et Olivier Nakache).
Sa chanson fétiche : Stand by me (Roy Orberson)
Une expression qu’elle dit souvent quand elle est impressionnée et heureuse de quelque chose : ‘WOW!’
Son péché mignon: Le sirop d’érable : il n’y en a jamais trop ni assez!
Son restaurant préféré : La Crêperie du Vieux Beloeil (et essayez la crème de marrons!), rue Richelieu à Beloeil.
Le pays qu’elle aimerait visiter – L’Inde
Le personnage historique qu’elle admire le plus, et pourquoi – Franklin D. Rooselvelt, parce qu’il a, juste avant la guerre, écrit un discours nommé ‘The Four Freedoms Speech . J’aurais volontiers voulu l’écrire! C’est un discours sur les quatre grandes libertés du peuple, et qui est à l’origine de la Déclaration des droits de l’homme. C’est un grand moment de l’Histoire.
Si elle n’était pas avocate, elle serait … productrice agricole, dit-elle sans hésitation, en ajoutant : ‘et je ne dis pas que je ne le ferai pas!’

Bio

Me Johanne Brodeur est directrice du service juridique et du contentieux de l’Union des producteurs agricoles et bâtonnière du Québec élue pour 2013-2014.
Me Brodeur a exercé le droit de l’environnement, le droit économique, le droit du travail, le droit constitutionnel, le droit administratif et en litige. Qualifiée de femme d’exception par ses pairs, elle est reconnue pour son dynamisme et ses idées novatrices qu’elle a partagées, notamment, au sein du Conseil général du Barreau du Québec à titre de bâtonnière du Barreau de Longueuil. Elle s’implique également au sein du groupe Les Juristes pour la cohérence, un groupe qui a rédigé et publié une analyse sur la cohérence en droit international, plus particulièrement sur les obligations internationales des membres de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) en regard de leurs engagements en matière de droit environnemental et de droit humanitaire. Elle est membre fondatrice de Pro Bono Québec. Elle a été membre de nombreux comités, dont le Comité de révision du Code de procédure civile et le Comité de révision du Code de déontologie des avocats du Barreau du Québec. Professeur à l’École du Barreau et conférencière chevronnée, Me Brodeur est également l’auteure de nombreuses publications. En 2005, elle était élue présidente du Comité de l’inspection professionnelle du Québec, devenant ainsi la première femme au Québec à occuper cette fonction. Membre fondatrice de Woman for Woman, un groupe travaillant à la promotion des femmes en politique, elle a par ailleurs agi à titre de conseillère dans la campagne sénatoriale d’Hillary Clinton en 2000.
Me Brodeur est membre du Barreau du Québec depuis 1988.


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