Faisons parler les leaders – Karim Renno

Faisons parler les leaders – Karim Renno

Cette semaine, Dominique Tardif rencontre le “Jeune Super Plaideur”, chroniqueur à Droit-inc, Karim Renno. L’associé d’Irving Mitchell Kalichman revient sur son parcours professionnel et ses plus beaux défis.

Karim Renno a rejoint Irving Mitchell Kalichman en septembre dernier après avoir pratiqué chez Osler pendant 10 ans.

Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou une autre profession? La voie était-elle tracée d’avance?
Pas du tout! Je me dirigeais plutôt vers le monde des sciences. Mon père est médecin et mon objectif était de suivre le même chemin que lui. Il y avait cependant un obstacle de taille à cela : mon manque d’aptitude pour les matières scientifiques! (Rires.) J’ai fait les sciences pures au cégep, mais j’ai réalisé assez rapidement, et notamment pendant mes cours de chimie, que même si je réussissais correctement, ce n’était pas suffisant pour entrer en médecine.
Mes professeurs me disaient que j’avais de la facilité à m’exprimer et que je serais bon en communication. Cela dit, je n’étais pas tout à fait convaincu et, ne sachant pas vraiment à l’époque ce que je souhaiterais faire pour le reste de ma vie, je me suis dirigé vers le droit, que je voyais comme une bonne formation de base… et je suis tombé tout simplement en amour avec la discipline. J’ai trouvé ma voie par chance et par accident, et je n’ai aujourd’hui aucun regret pour la médecine!

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?
Mon plus grand défi professionnel a été, à ce jour, de savoir faire ma place dans le milieu des recours collectifs. Cela n’a pas été chose facile, puisque ce n’est pas tous les jours qu’on peut convaincre quelqu’un, quand on a à peine 30 ans, qu’on a tout ce qu’il faut pour avoir une place et un rôle de choix dans de tels dossiers.

Et comment y parvient-on ?
Je crois qu’un moyen d’y parvenir est de saisir toutes les opportunités qui se présentent, et de toujours traiter ses dossiers comme s’ils étaient les plus importants qui soient, sans faire de différence entre eux. Quant à moi, ma stratégie de développement a souvent été de demander à ce qu’on me confie d’abord un plus petit dossier, histoire d’avoir la chance de démontrer ce que je savais faire et d’ensuite travailler sur des dossiers plus importants. Cette façon de faire vaut d’ailleurs tant à l’interne, quand on se fait confier un dossier par les associés (qui agissent un peu comme nos clients lorsqu’on est avocat junior), qu’à l’externe, avec les entreprises qui recourent à nos services.

Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il ?
À mon avis, nous devons trouver des méthodes plus efficaces et rapides pour fournir “LA” solution à nos clients. C’est le défi que nous avons en litige et qui touche d’ailleurs tout le monde dans le domaine. Comment, en effet, trouver des manières efficaces pour raccourcir le délai entre l’institution d’une action et le jugement, sans pour autant compromettre le droit des parties?
Selon moi, les solutions proposées par le législateur en ce moment ne sont pas les bonnes. Je reconnais cependant ne pas vraiment avoir de meilleures solutions à proposer, et il est donc bien évidemment difficile de critiquer les options mises de l’avant.
L’objectif est de faire en sorte que les parties, même opposées, collaborent davantage dans le cadre  de litiges. Évidemment, ces mêmes parties n’ont pas beaucoup de raisons ou d’incitatifs pour le faire… sauf si on les y force. Et ce que je crains, ce sont les moyens qui seront mis en place pour les y forcer : pensons par exemple au modèle d’expertise unique qui peut créer bien des insatisfactions sans nécessairement être moins coûteux. Je crois malheureusement qu’il existe un risque de voir se mettre en place des changements drastiques qui pourraient compromettre le droit des parties, tant en demande qu’en défense.
En tant qu’avocats, nous devons en parallèle tous favoriser une plus grande collégialité et être capables de sensibiliser nos clients aux effets néfastes que peuvent parfois avoir pour eux ce que j’appellerais “les batailles acharnées de principes”.

La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique ?
L’image de la profession n’a pas beaucoup changé depuis que j’ai commencé à pratiquer. Je crois aussi qu’elle est moins négative que certains peuvent le laisser entendre. Comme dans toutes les professions, une grande majorité des professionnels sont bons, alors que quelques autres le sont moins. Je crois que les justiciables sont nombreux à faire la distinction entre ces quelques individus et la majorité et, plutôt que de penser que notre profession soit de quelque façon que ce soit persécutée, je suis d’avis que les gens sont, au contraire, généralement accommodants envers les avocats.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui débute sa carrière? Vous qui avez été, il n’y a pas si longtemps de cela, un jeune avocat cherchant à faire sa place, pouvez-vous nous dire comment vous vous y êtes pris?
Je crois qu’il faut trouver le temps, dans sa pratique, de faire non seulement ce que notre bureau nous demande de faire, mais aussi des choses différentes, qu’il s’agisse de rédiger des articles, de lire de la jurisprudence et de la doctrine, ou encore de faire du pro bono. Pensez à l’avocat qui a plaidé quelques dossiers de pro bono, justement : il aura probablement plus de facilité à convaincre son client ou l’associé senior de lui confier un dossier, comme il aura acquis de l’expérience additionnelle qui lui permettra de se démarquer. Il s’agit donc d’identifier des activités qui nous permettent d’accélérer notre apprentissage, notre “rythme”, notre ascension de carrière. Je crois vraiment, même si cela peut paraître cliché, qu’il faut saisir toutes les opportunités qui se présentent à nous et faire preuve de créativité, en allant au-delà du chemin qui est tracé pour nous. Les jeunes avocats, et certainement ceux travaillant dans les moyens et les grands cabinets, ont accès à beaucoup opportunités. Il n’y a évidemment rien de mal à suivre la voie et le chemin indiqués, bien sûr. C’est une question de choix de vie ou parfois d’ambition, et cela implique évidemment des sacrifices qui peuvent être importants et que tous ne sont pas prêts à faire; il faut aussi savoir respecter cela.

En vrac…
• Dernier bon livre qu’il a lu : « Le cas Sneijder » Auteur : Jean-Paul Dubois
• Dernier bon film qu’il a vu : « The Ides of March » Réalisateur : George Clooney
• Son resto préféré : Kaizen  (rue Sainte-Catherine Ouest)
• Le pays qui le fait rêver : le Brésil
• S’il n’était pas avocat, il serait… animateur de radio!

Bio

Me Karim Renno s’est joint à Irving Mitchell Kalichman en tant qu’associé en septembre 2011. Me Renno s’occupe de recours collectifs, de litiges relatifs au franchisage et à la distribution, de conflits entre actionnaires, de faillites et d’insolvabilité, et de litiges afférant au droit de la concurrence, au droit constitutionnel, au droit privé, au droit du travail et aux lois en matière de valeurs mobilières. Me Renno possède une vaste expérience et jouit d’une excellente réputation en matière de droit international privé et en matière d’injonctions, ayant d’ailleurs plaidé à plusieurs reprises devant la Cour suprême du Canada dans des affaires ayant trait à ces domaines. À ce titre, Me Renno a défendu les intérêts de plusieurs des plus grandes entreprises commerciales devant toutes les instances judiciaires québécoises. Me Renno est le fondateur et rédacteur en chef du Blogue du CRL et publie à ce titre des centaines de billets de jurisprudence par année. Finalement, Me Renno comparaît régulièrement devant des commissions parlementaires chargées d’étudier des projets de lois. Avant de se joindre à Irving Mitchell Kalichman, Me Renno était associé chez Osler Hoskin & Harcourt.


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