Faisons parler les leaders – Louis-Martin Richer

Faisons parler les leaders – Louis-Martin Richer

Cette semaine, Dominique Tardif rencontre Louis-Martin Richer, chef de la direction des risques de GENIVAR. L’ancien avocat en litige qui a exercé chez Woods puis FMC, revient sur les défis qui ont jalonné sa carrière, dont l’un a été de “raccrocher sa toge”.

Avant d’occuper le poste de la direction des risques chez GENIVAR, Me Richer a occupé les fonctions de secrétaire corporatif et de chef des affaires juridiques de l’entreprise.

Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier/profession?
Mon intérêt pour le domaine et pour tout ce qui est historique a commencé…avec les bandes dessinées !!! Très jeune, j’ai rapidement et à travers elles, été intéressé aux sociétés romaines, grecques, etc. Avec le temps, mes goûts ont évolué avec notamment… Tintin ! (Rires)
Cette curiosité et cette fascination m’ont amené à faire différentes recherches dans les grandes encyclopédies de l’époque au sujet des pays et de leur organisation. Mes recherches m’ont ainsi porté à lire sur l’organisation des lois et les systèmes étatiques, auxquels je me suis intéressé de plus en plus.
J’ai donc d’abord fait les sciences politiques, puis ai voulu en savoir davantage sur qui était ce fameux « législateur » dont on parlait si souvent. Le droit a donc suivi !

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?
Mon plus grand défi a été celui « d’accrocher ma toge » et de passer à une réflexion qui soit davantage orientée vers les affaires, lorsque j’ai fait le passage en entreprise.
En entreprise, il faut savoir utiliser les aptitudes développées en pratique privée et transposer les notions de droit dans un contexte qui soit plus business, et qui est par ailleurs bien différent de la gestion de dossiers de litige. La réflexion n’est dorénavant plus la même et implique non seulement de passer par l’apprentissage d’une industrie et de concepts financiers, mais aussi de travailler en tenant compte d’éléments à analyser dans une perspective à plus long terme.

Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il?
Je crois qu’il est important de voir s’établir une meilleure complicité entre les avocats externes et les entreprises qui sont desservies. Il est en effet nécessaire de pouvoir travailler avec des avocats externes qui comprennent bien les enjeux auxquels l’entreprise fait face, et qui font l’effort de bien comprendre. Les choses vont simplement parfois trop vite. Donner le temps à nos avocats de pratique privée de comprendre nos enjeux, c’est aussi éviter des problèmes possibles de clarification de mandat et des dépassements de coûts malheureux, en même temps que de permettre une meilleure allocation des ressources par le cabinet.

La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?
Je crois que la perception du public est meilleure qu’avant. Je trouve en effet que les avocats communiquent mieux leurs idées, et que le rôle de vulgarisation des concepts et des situations posant des questions juridiques est mieux assumé. Les prises de position du Barreau ou d’avocats sur divers sujets de l’actualité, à titre d’exemple, sont plus nombreuses et fréquentes, et aident à une meilleure perception du public envers la profession. Parfois, des informations de nature juridique demeurent en effet « indigestes » pour le citoyen ordinaire et ne sont pas traduites de façon juste par nos quotidiens : il revient à mon avis aux avocats de rendre les choses plus compréhensibles.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière? Que faut-il pour être un bon conseiller juridique en entreprise et éventuellement être à la tête du département juridique d’une entreprise?
Je crois qu’il est important, pour tout avocat en début de carrière, de non seulement développer sa pratique, mais aussi de s’impliquer socialement. Cela permet d’élargir son réseau et de se faire connaître, mais aussi de développer ses habiletés quant à différentes questions d’affaires et juridiques. Cela permet également le développement de certains réflexes, et aide à mieux saisir l’importance des facteurs humains et des autres facteurs externes qui viennent souvent « colorer » un dossier. Être appelé à donner son point de vue, que ce soit à titre de citoyen ou de membre d’un conseil d’administration, apporte un vécu qui nous amène, en tant qu’avocat, à mieux gérer le facteur humain lorsqu’on pratique en entreprise.
Travailler en entreprise, c’est justement travailler avec de nombreux clients internes, et apprendre à nuancer et à comprendre des enjeux économiques, des émotions ou encore la « relation client » qui est en jeu. La décision, qui doit souvent être fournie rapidement, n’est pas que juridique : une bonne réponse implique d’avoir le réflexe de prendre en compte l’environnement et les facteurs externes qui sont impliqués. Quant aux autres qualités nécessaires, il faut « plus de ponts et moins de murs » (dit de façon fort appropriée celui qui travaille quotidiennement avec des ingénieurs): il faut savoir établir des relations, même dans des situations difficiles, de façon à obtenir des résultats positifs. Le grand défi est de communiquer son message sans créer d’obstacle à une solution.

En vrac…
• Dernier bon livre qu’il a lu :«Bleeding Hearts » Auteur : Ian Rankin
• Ses séries télé préférées : « House » Réalisateur : David Shore, « 24 » Réalisateurs: Joël Surnow et Robert Cochran, « The West Wing » Réalisateur : Aaron Sorkin
• Ses restos préférés : Liverpool House (rue Notre-Dame Ouest) et le Portus calle (boulevard St-Laurent)
• Où il est allé et retournerait sans hésitation : en Italie.
• S’il n’était pas avocat, il serait… Capitaine de voilier!

Bio
Me Louis-Martin Richer est chef de la direction des risques de GENIVAR Inc. depuis juin 2011. Auparavant, il a occupé les fonctions de secrétaire corporatif (2006-2008) et chef des affaires juridiques (2006-2011) au sein de l’entreprise. Me Richer conseille l’organisation notamment en matière de contrats, d’assurance, de responsabilité professionnelle et stratégies générales de gestion des risques. Auparavant, Me Richer a œuvré à titre d’avocat en litige auprès de Woods & Associés et de Fraser Milner Casgrain notamment dans les domaines du droit de la construction, des assurances et des recours collectifs. Il est membre du Barreau du Québec (1999) et diplômé de droit (1998) et de sciences politiques (1994) de l’Université de Montréal. Me Richer est également chargé de cours à l’Université McGill à la Faculté de Génie depuis 2005 où il enseigne Law for Architects and Engineers. Il est également professeur à l’École du Barreau du Québec, président ex-officio du comité des affaires juridiques de l’Association des Ingénieurs-conseils du Québec sur lequel il siège toujours et  membre du comité de gestion des contrats de l’Association des Firmes d’Ingénieurs-Conseils-Canada. Enfin, il est membre du conseil d’administration de la Fondation de la Maison du Père, un refuge pour les hommes sans-abri de la grande région métropolitaine de Montréal.


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