Faisons parler les leaders – Mark Hounsell

Faisons parler les leaders – Mark Hounsell

Dominique Tardif rencontre cette semaine Mark Hounsell, chef des Affaires Juridiques d’Aéroplan. Il revient sur sa carrière et sur la perception des avocats en interne. Lorsqu’il est entré chez Aéroplan en 2006, Mark Hounsell en était l’unique avocat. Cinq ans plus tard, il chapeaute un service juridique composé de douze personnes.
Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier/profession?
J’ai fait mes études collégiales en sciences de la santé, convaincu de vouloir faire carrière dans le domaine. Or, quand est venu le moment de faire les demandes d’application universitaires,  j’avais des doutes quant à mon intérêt de passer la plupart de mon temps dans un laboratoire. J’y préférais l’interaction avec les humains. J’ai quand même fait des demandes en pharmacie, ainsi qu’aux HEC et en droit.
Même s’il est aujourd’hui difficile de me rappeler avec exactitude pourquoi j’ai à l’époque opté pour le droit, je me souviens qu’on me disait qu’on ne pouvait se tromper en faisant ce choix. Les conseils de mon père m’ont aussi influencé : il me conseillait de choisir un métier ou une profession qui me permettrait d’être mon propre patron. Et c’est un peu la façon dont je comprenais le droit à l’époque : la pratique privée permettait d’avoir sa propre clientèle et ses propres dossiers, et donc de gérer ses choses au sein d’un cabinet.
Dès le début des cours, j’ai aimé le droit. J’étais fasciné par le droit constitutionnel et ce qui était lié au droit criminel. J’ai fait différentes demandes de stage, dont à la Couronne, et ai finalement opté pour la pratique privée.

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?
La gestion du changement a été un défi de taille chez Aéroplan depuis que j’y suis, à savoir depuis un peu plus de quatre ans. Lorsque je m’y suis joint, l’entreprise était un fonds de revenu avec un actionnaire de contrôle et des activités au Canada, et j’en étais le premier avocat interne.
Depuis ce temps, bien des choses ont changé : non seulement l’entreprise s’est convertie en compagnie et est détenue par le public à 100%, mais elle est présente, suite à des acquisitions, dans plus de 20 pays à travers le monde. Nous sommes maintenant douze dans le service juridique et comptons beaucoup plus d’employés.
Comprendre les enjeux et risques  juridiques et d’affaires de n’importe quelle entreprise est un défi  en soi; les comprendre dans une entreprise qui change autant qu’Aéroplan l’a fait en est un autre. Cela implique de s’adapter à un modèle d’affaires qui évolue tout le temps.
Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il (autre que la réduction des frais juridiques externes) ?
Je crois qu’il faudra rendre le système plus accessible et moins lourd, et trouver des moyens de simplifier le processus pour résoudre les différends plus rapidement. Se trouver dans une situation de conflit est, avec le système que nous avons, parfois décourageant compte tenu du fait qu’avant d’avoir son « day in court » s’accumuleront les moyens préliminaires et autres étapes qui, selon moi, ne font pas toujours avancer le fonds de la cause. Les moyens technologiques ajoutent parfois, quant à eux, plus de complexité qu’autre chose, nous obligeant bien souvent à passer à travers des milliers de courriels : est-ce vraiment toujours utile et nécessaire?
J’aimerais en conséquence pouvoir voir se créer un système alternatif, possiblement axé sur la médiation, et qui soit plus rapide, moins coûteux et moins complexe.

La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?
Je pense que la perception du public n’a pour l’essentiel que peu changé au cours des vingt dernières années. Je suis encore surpris de la réaction des gens à qui je dis que je suis un avocat en entreprise. La perception, encore aujourd’hui, fait souvent image à ce que l’on voit dans les médias ou livres à la John Grisham. La réalité est que plusieurs ont un métier qui est encore inconnu ou mal compris du public.
Quant à la perception que les gens en entreprise ont de leur avocat interne, je crois qu’elle a beaucoup évolué et s’est grandement améliorée. On avait dans le passé souvent cette impression que l’avocat interne était en quelque sorte de second ordre, et qu’il se contentait de coordonner les dossiers envoyés aux avocats externes. La qualité des gens qui aujourd’hui décident d’orienter leur carrière vers une pratique en entreprise a je crois été un des éléments contribuant à changer cette perception.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière qui veut devenir chef de contentieux?
Je crois qu’il faut savoir prendre en main la gestion de sa carrière. Pour pouvoir devenir un chef de contentieux, il faut aussi diversifier ses expériences. J’ai pour ma part eu la chance de travailler en droit transactionnel chez Bell, mais aussi de compléter cette expérience en faisant le choix, lorsque BCI a fermé ses portes, de poursuivre chez Bell dans un autre domaine : je suis devenu  chef du département commercial, et ai désormais travaillé avec les équipes de vente et d’achat. L’idée était pour moi de diversifier mes connaissances dans le but de devenir un meilleur avocat d’affaires, sachant qu’il est important d’être un bon généraliste quand on travaille en entreprise.
En vrac…
• Dernier bon livre qu’il a lu : « Unbroken: A World War II Story of Survival, Resilience, and Redemption » Auteur : Laura Hillenbrand
• Dernier bon film qu’il a vu : « Rush : Beyond the Lighted Stage » Réalisateurs : Sam Dunn et Scott McFadyen
• Un restaurant où il s’arrête régulièrement : Le St-Hubert de Ste-Agathe, un moment privilégié qu’il partage avec son fils lorsqu’il quitte la ville pour les Laurentides la fin de semaine.
• Un endroit qu’il aimerait visiter : Les îles Galápagos.
• S’il n’était pas avocat, il serait… photographe de la nature et des animaux ou bien… médecin légiste (et oui, il a un petit côté sombre qui ne paraît pas !)
 
Bio
Me Mark Hounsell a été nommé vice-président, chef des affaires juridiques et secrétaire d’Aéroplan en octobre 2006. Au terme de la réorganisation du Fonds de revenu Aéroplan, qui est devenu Groupe Aéroplan Inc. en juin 2008, il a été nommé premier vice-président. Il siège au comité exécutif de la société où il est responsable de la gestion du cadre juridique des diverses entreprises de Groupe Aéroplan. Avant de se joindre à Groupe Aéroplan, il a occupé plusieurs postes au sein du groupe BCE de 1997 à 2006, le dernier étant celui de Chef adjoint du service juridique de Bell Canada, groupe commercial. Il a également occupé divers postes de conseiller juridique chez Bell Canada International Inc., dont celui de vice-président — affaires juridiques et secrétaire. Diplômé en droit de l’Université de Montréal en 1991 et admis au Barreau du Québec en 1992, Me Hounsell a travaillé en pratique privée jusqu’en 1997, se spécialisant en droit des affaires et plus particulièrement en valeurs mobilières. Il a récemment été finaliste lors des Prix ZSA des Conseillers Juridiques du Québec dans la catégorie Chef des Affaires Juridiques de l’Année.


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