Faisons parler les leaders – Martin F. Sheehan

Faisons parler les leaders – Martin F. Sheehan

Cette semaine Dominique Tardif rencontre Martin F. Sheehan, associé de Fasken Martineau et expert en litige commercial. Issu d’une famille de juristes, il est tombé dans la marmite du droit dès son plus jeune âge.

Martin F. Sheehan est associé au sein de la section de litige commercial du bureau de Fasken à Montréal. Il agit pour le compte d’entreprises et de leurs assureurs dans les domaines de la responsabilité commerciale, professionnelle et du fabricant.

Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier/profession?
Avec un père juge, un grand-père juge et un autre huissier audiencier, le choix a pour moi été assez facile! Quand j’étais au primaire et au secondaire, mes grands-parents m’invitaient au palais de justice pour les accompagner et voir des audiences, après quoi nous allions dîner ensemble. J’ai toujours « baigné » dans ce milieu, et je ne me suis donc pas vraiment posé la question ensuite : il était évident pour moi que je voulais plaider. J’ai eu la chance d’être assigné à un procès dès ma première année d’étudiant, ce qui a confirmé mon intérêt. Constater que le droit était tellement plus vaste que le litige a par la suite été une découverte pour moi… mais ça ne m’a pas fait changer d’idée pour autant!

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière /dans votre emploi actuel?
J’espère que mon plus grand défi est devant plutôt que derrière! (Rires).
Cela dit, mes plus grands défis sont survenus dans les cas où j’ai été « en charge » et où je devais m’assurer que toute l’équipe soit motivée et justement traitée. Je pense par exemple à quand j’ai agi comme président du CAIJ, et où il s’agissait de s’assurer que la promesse faite aux avocats du Barreau du Québec d’offrir un service qui se compare de façon positive à ce qui se fait ailleurs était tenue. C’était la même chose quand j’ai agi comme co-président de l’équipe de litige, ou lorsque prochainement je serai président de l’ABC. Quand on agit comme porte-parole, on sent cette responsabilité de bien faire les choses et de faire honneur à la confiance que les gens nous donnent.
Quant aux dossiers, je pense à celui du bris de la toiture du stade olympique et à la trentaine de poursuites qui s’en sont suivies. J’ai eu la chance d’être impliqué dans ce dossier dès le début. Il fallait savoir déterminer quelles allaient être les causes types, et réussir à tous travailler ensemble, même si l’on savait que certaines des parties étaient en même temps aussi celles qui nous poursuivaient. Un bon exercice de négociation et de médiation a conduit au dénouement de l’affaire, mais il a fallu près de dix ans pour s’y rendre.

Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il?
La pratique a bien évolué. Regarder le courrier et dicter une lettre est bien différent du fait de donner des opinions dans le taxi entre deux rendez-vous, ou de recevoir des courriels incessants. La pression pour l’instantané est aujourd’hui très forte. Chaque fois qu’on est quelque part, on est un peu coupable de ne pas être ailleurs.
Cela fait en sorte qu’il existe un risque pour les jeunes avocats d’avoir tendance à ne pas réfléchir suffisamment ou à ne pas faire suffisamment de recherche, comme le temps presse ou qu’il est nécessaire de contrôler et minimiser les frais. Pensons par exemple à des procès de longue durée, où le client est mieux servi quand deux personnes travaillent sur le dossier, mais qu’il insiste pour que cela ne soit pas le cas, question de diminuer les coûts et au risque que le service soit moins bon. Il faut être bien conscient de toujours savoir concilier les intérêts des clients avec les contraintes économiques, et cela représente un défi quotidien.

La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?
Je ne suis pas de ceux qui croient que les choses empirent, bien que cela demeure un sujet sensible et que les choses ne s’améliorent pas autant qu’elles le devraient. Je pense cependant que les choses « vont dans le bon sens ».
Cela dit, je pense que les avocats ont une réputation non méritée et que le public ne conçoit pas le rôle de l’avocat à sa juste valeur. Pourtant, tout le monde est toujours content d’avoir un avocat dans son cercle d’amis quand le besoin s’en ressent!

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière?
La chose fondamentale pour réussir est d’aimer ce que l’on fait : il faut aimer ses clients, avoir le goût de les aider et sentir qu’on a un rôle positif à jouer dans leur expansion. Si tu as tout ça, tu auras aussi le goût de te dévouer pour eux, ce qui fera en sorte que le client reviendra te voir et parlera à des amis qui viendront à leur tour te voir.
Je constate que les jeunes, aujourd’hui, compartimentalisent leur personne : il y a celle au travail, celle à la maison, celle au club de sport, etc. Je crois qu’il faut comprendre que chacun est la même personne dans tous ces aspects. Quel que soit l’endroit où l’on se trouve, on parle aux gens que l’on rencontre de leurs enjeux et de leurs défis, on leur présente des gens et parfois des dossiers s’ensuivent. Il faut réaliser que partout où l’on est, on est la même personne – ami et parent, mais aussi employé et avocat – et que l’on peut essayer de faire rayonner tout cela.
J’entends parfois des jeunes dire qu’il est difficile, comme avocat de litige, de vendre la discipline. Ma réponse serait de leur suggérer de ne pas vendre le litige, mais plutôt le cabinet et les secteurs de droit que le cabinet dessert partout au pays. Nous sommes les représentants d’un tout, et non une société nominale. Quant au développement d’affaires, cela ne passe pas que par des déjeuners ou des dîners! On rencontre même des gens au Club Med ou sur le terrain de soccer de ses enfants, vous savez! Il ne faut pas que le développement d’affaires devienne une tâche; il faut plutôt avoir l’impression de rendre un service quand on parle de son cabinet. Et il faut savoir être honnête, en réalisant que ce n’est pas toujours son propre cabinet qui peut rendre service à tel ou tel individu : il faut savoir référer des clients à d’autres collègues, qui nous renvoient à leur tour l’ascenseur – c’est un échange de bons procédés, en quelque sorte.

En vrac…
• Dernier bon livre qu’il a lu : « The Rational Optimist: How Prosperity Evolves» Auteur : Matt Ridley
• Dernier bon film qu’il a vu : « The Fighter » Réalisateur : David O. Russell
• Ses restaurants préférés : Graziella (rue McGill), Le Muscadin (rue Notre-Dame Ouest) et Le Local (rue William).
• Des pays qui le font rêver : Le Vietnam, l’Australie et la Chine.
• S’il n’était pas avocat, il serait… peut-être DJ, une chose qu’il a aimé faire pendant ses études, ou encore photographe. L’important, pour lui, serait d’avoir un contact avec les gens.

Bio
Me Sheehan a été désigné par ses pairs parmi les meilleurs plaideurs au Canada en matière de responsabilité du fabricant au Canada par le répertoire The Best Lawyers in Canada. Il travaille régulièrement avec des fabricants, importateurs ou distributeurs de produits industriels et de consommation qui ont à se défendre face à des recours, individuels ou collectifs, faisant suite à la fabrication ou la vente de produits défectueux. Il conseille et aide des dirigeants de corporation à gérer des rappels de produit en collaboration avec leurs départements de relations publiques et de relations avec les investisseurs. Il travaille notamment avec des compagnies pharmaceutiques et biotechnologiques et des organismes de recherche cliniques pour tout ce qui concerne la mise en marché de médicaments. Il agit en outre dans le domaine du droit de l’aviation pour des transporteurs et des manufacturiers poursuivis en responsabilité pour des dommages corporels ou matériels. Il défend aussi un large éventail de professionnels (architectes, ingénieurs, comptables, huissiers, courtiers, avocats, pharmaciens, psychologues et agents immobiliers) dans le cadre de poursuites en responsabilité professionnelle. Il plaide devant les tribunaux du Québec de toutes les juridictions et connaît bien les méthodes de règlement extrajudiciaire des conflits.
Me Sheehan s’intéresse également aux litiges liés à la gestion de projet en particulier dans les domaines de la construction et de la technologie. Il est membre du bureau des gouverneurs du chapitre montréalais du Project Management Institute et il a donné plusieurs conférences sur les bonnes pratiques de gestion de projet. Me Sheehan a agi dans plusieurs litiges et arbitrages commerciaux liés à d’importants projets de construction et de technologique que ce soit en raison de conflits pour dépassements d’échéancier ou de coûts, suite à la terminaison du contrat ou relativement à une mésentente sur la portée du contrat.
Il conseille des clients sur l’adoption de politiques pour l’utilisation de la technologie et du courrier électronique et la mise en place de sites Web pour effectuer du commerce électronique. Il est d’ailleurs co-auteur d’un livre sur les Lois sur le commerce électronique au Canada et documents connexes.


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