Faisons parler les leaders – Martine Turcotte

Faisons parler les leaders – Martine Turcotte

Cette semaine, Dominique Tardif rencontre Me Martine Turcotte de BCE Inc. et Bell Canada, qui nous parle de sa carrière et de ses grands défis professionnels.

Me Martine Turcotte est Vice-présidente exécutive et chef des affaires juridiques et des questions de réglementation de BCE Inc. et Bell Canada depuis le 11 juillet 2008.

Pourquoi avez-vous décidé d’être avocate?
J’étais au cégep quand j’ai fait mon choix. À l’époque, l’océanographie me passionnait; mon idole était Jacques Cousteau! Mais en travaillant dans le domaine pendant l’été, je me suis rendue compte que le travail en laboratoire n’était pas fait pour moi. J’aimais bien argumenter; mon père disait d’ailleurs toujours que j’aimais négocier. Ça n’a pas été un choix facile à l’époque, et je n’étais pas de celles dont la famille était déjà dans le domaine. Je savais que le droit menait à beaucoup de choses et que c’était une bonne base. Et je ne le regrette pas!

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face?
Plusieurs dossiers me viennent à l’esprit, dont la vente de BCE. Mais le plus grand défi qui revient à travers chacun d’eux, c’est l’habileté de résister à la pression qui vient avec ce type de dossiers. C’est la capacité à prendre les bonnes décisions, à savoir comment agir dans un contexte où la pression est énorme, en continuant à analyser les choses de façon objective et critique.
En situation de crise, il y a beaucoup d’intervenants, et beaucoup d’opinions différentes.  Il faut savoir écouter, mais ne pas céder si l’on pense que ce n’est pas la bonne chose à faire. Ce n’est donc pas toujours le concept juridique qui est la partie la plus difficile de ces dossiers : le défi vient souvent, en fait, de ce qui est alentour. Et savoir répondre de la bonne façon vient avec l’expérience.

Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il? /Quels sont selon vous les changements à anticiper au cours des années à venir quant à l’exercice de la profession en entreprise?
Ma réponse n’est pas tant une critique du système qu’une réponse au fait qu’il y a toujours place à l’amélioration. Je crois que les fournisseurs de services devront adapter leurs services à une structure de coûts plus avant-gardiste. Ils commencent à le faire, mais pas assez rapidement.
L’industrie juridique doit se poser la question suivante: comment amener un service à valeur ajoutée, en tenant compte des budgets qui se resserrent d’année en année – y inclus les miens.  Et  la ‘valeur ajoutée’ ne signifie pas toujours donner un meilleur service; cela veut dire donner un service vraiment approprié dans les circonstances – un service qui nous encourage à l’utiliser. Cela paraît simple, mais pourtant les gens n’y sont pas encore. Il faut penser au côté efficacité des choses. Cela peut vouloir dire être avant-gardiste quant aux coûts, par opposition à un mode de facturation à l’heure, ou encore de l’être quant à la présentation. Il est, pour donner un exemple, peut-être mieux dans certains cas de donner une présentation powerpoint à l’avocat interne, qui pourra l’utiliser devant l’exécutif, qu’une opinion juridique de vingt pages.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière
Je donne le même message à tous ceux que je rencontre : « soyez des éponges » et ne vous limitez pas dans votre pratique. Je crois qu’il faut apprendre le plus possible plutôt que de ne faire qu’une chose, ce qui permet de développer deux traits essentiels, qui valent autant pour  l’avocat en cabinet qu’en entreprise: l’habileté à sortir de sa zone de confort, et la capacité de s’adapter à différentes situations.
Quand je regarde un cv, je cherche l’élément additionnel, juridique ou non, qui fait d’une personne un bon candidat : l’expérience internationale, le travail bénévole, les études à l’étranger, un autre baccalauréat ou un MBA, le fait d’être un jeune avocat de fusions & acquisitions qui a aussi travaillé en support sur des dossiers de litige, etc. Il est important d’avoir une diversité d’expérience; c’est ce qui fait la différence.

En vrac…
Dernier bon livre
« The road», de Cormac Mc Carthy
Dernier bon film
« 2012» (Réalisateur : Roland Emmerich)
Restaurants préférés
Europea (sur De la Montagne) Il Cortile (sur Sherbrooke) Garde-Manger (sur Saint-François Xavier)
Pays qu’elle aimerait visiter
L’ Égypte, la Jordanie et Israël
Si elle n’était pas avocate, elle serait…
Travailleur humanitaire à l’international.

Bio
Y travaillant depuis 1988, Me Turcotte  a été nommée Chef principal du service juridique de BCE inc.  le 1er juin 1999 et, 4 ans plus tard, de Bell Canada. Elle était avant cela Vice-présidente et chef du service juridique de Bell Canada.  Avant de se joindre à Bell Canada, Me Turcotte occupait le poste de Vice-présidente, affaires juridiques et secrétaire de Bell Canada International Inc.  Elle a pratiqué au bureau de Montréal de McCarthy Tétrault avant de passer en entreprise.
Me Turcotte est membre du conseil d’administration de Bimcor Inc., du Association of Corporate Counsel (ACC) et elle est Présidente du conseil d’administration du Théâtre Espace Go Inc.  Elle est également membre du Dean’s Advisory Committee on the National Centre for Business Law de l’Université de Colombie Britanique.  Elle a aussi été Présidente du comité de technologies et communications lors de la campagne Centraide 2009.
Me Turcotte a fait ses études en droit à l’Université McGill, et complété une maîtrise en administration des affaires (MBA) au London Business School. Me Turcotte est le premier récipiendaire du « Lifetime Achievement Award » et du Canadian General Counsel Awards en 2005.  Elle a été reconnue, de 2005 à 2007, parmi les 100 femmes les plus influentes au Canada et introduite dans le « Hall of Fame » en 2008.


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