Faisons parler les leaders – Pierre Gagnon

Faisons parler les leaders – Pierre Gagnon

Cette semaine, Dominique Tardif, de ZSA, s’entretient avec Me Pierre Gagnon, vice-président, Affaires juridiques et Secrétaire de la société Aéroports de Montréal.

Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ? Est-ce le fruit d’une longue réflexion ou encore une histoire de famille?

Personne n’était avocat dans mon environnement; je venais plutôt d’une famille d’ingénieurs. Je suis entré en droit par la voie du journalisme étudiant. Au secondaire et au Cégep, j’étais impliqué dans le journal étudiant. Sachant que les études en droit étaient une bonne porte d’entrée pour quiconque aspirait à devenir journaliste, je m’y suis donc dirigé, délaissant à ce moment le profil « sciences pures » vers lequel je m’étais orienté jusque là.

Je suis donc entré en droit un peu naïvement, sans trop savoir ce que c’était. C’est « une fois sur place » que j’ai découvert de quoi il s’agissait: une discipline très cartésienne et pas si éloignée des sciences que je ne le pensais. J’ai trouvé le cours de droit tellement captivant que je n’ai finalement pas poursuivi en journalisme à l’université. Puis, en troisième année de droit, j’ai vu un affichage de poste sur le babillard de recherche de stage chez ce qui est aujourd’hui BLG …quelques années plus tard, j’y suis devenu associé !

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière / dans votre emploi actuel?

Sur le plan professionnel, le défi pour lequel j’ai eu l’impression d’apporter la plus grande contribution est survenu alors que je travaillais au sein de la filiale de télécommunications de Vidéotron. Nous nous lancions dans tout ce qui s’appelait téléphonie, incluant la téléphonie locale.

J’ai été très impliqué dans le processus réglementaire mis en place par le CRTC pour effectuer le passage à la concurrence en matière de téléphonie locale. Je faisais partie du comité directeur (steering committee) du CRTC, qui réunissait toutes les grandes entreprises de télécommunications et travaillait à la négociation et à l’établissement du régime réglementaire. Le niveau de complexité était important : aspects techniques et réglementaires, questions de signalisation, de portabilité des numéros, de déploiement de la concurrence dans les édifices commerciaux et multi-logements, sans compter la nécessité de coordonner le tout avec la vingtaine de groupes de travail externes qui étaient sous la responsabilité du comité du CRTC.

Ce travail m’a occupé et captivé plusieurs années : il s’agissait de contribuer à la mise sur pied d’un modèle porteur d’avenir et de faire une différence. Suite à cela, nous avons eu la fierté de pouvoir dire que nous étions le premier concurrent de Bell en matière de téléphonie locale.

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Je changerais le caractère hermétique du droit – ou la perception qu’ont les gens à l’effet que le droit est hermétique. En effet, cette impression crée des préoccupations et appréhensions quand vient le temps d’impliquer des juristes dans le développement d’un produit ou dans le cadre d’un projet. Plusieurs pensent, et généralement à tort, que les juristes imposent des contraintes trop importantes à la réalisation d’un projet.

Partout, les avocats sont ainsi confrontés à cette réticence, bien qu’on arrive, à changer les choses en faisant valoir les avantages et la pertinence de travailler sur les questions juridiques en amont des problèmes.

4. Pouvez-vous commenter sur la perception du public envers la profession et les avocats en général?

La perception négative qu’ont les gens envers la profession n’est pas réelle si on considère la relation directe qu’ils ont avec le professionnel du droit en tant que client. D’après mon expérience, les gens qui parlent de leur propre avocat en sont en général très satisfaits, même s’ils peuvent être méfiants envers les avocats de façon générale. La perception négative fait quasi partie de la culture populaire et donne certainement lieu à beaucoup de farces. Je crois cependant que les choses diffèrent dans le concret.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et souhaitant éventuellement devenir chef de contentieux?

Il faut d’abord et avant tout bien maîtriser son métier de base : les aptitudes de juristes qui m’ont été inculquées à la faculté et dans mes premières années de pratique m’ont toujours bien servi.

Il faut ensuite trouver, parmi l’ensemble de ses champs d’intérêt, un secteur de spécialité. Dans mon cas, il s’agissait de la réglementation dans l’industrie des télécommunications. Cette spécialité m’a permis d’évoluer vers des secteurs d’activités où cette caractéristique était recherchée.

Enfin, le développement d’habiletés de gestion d’équipe – et de responsabilités de gestion au sens général du terme – facilite la progression au sein des organisations. Comme on ne naît pas gestionnaire et qu’on n’est pas, comme juriste, formé pour l’être, il faut apprendre la fonction, la développer et s’y intéresser.

En vrac…

Les bons livres qu’il lit présentement : La trilogie de Ken Follett : « La Chute des Géants », « L’Hiver du Monde », et le 3e, « Siècle » sortira prochainement.

Deux bons films films qu’il a vus – ‘Capitaine Phillips’ (réalisateur : Paul Greengrass) et Late Quartet (réalisateur : Yaron Zilberman et avec Philip Seymour Hoffman)

Sa chanson fétiche – ‘Dream On’ (Aerosmith)

Son expression préférée – ‘On a juste une vie à vivre’

Son péché mignon – le carré d’agneau!

Son restaurant préféré – Chez Laloux (avenue des Pins).

Il retournerait volontiers…en Turquie!

Il admire : Eric Clapton, non seulement comme musicien mais aussi pour sa grande résilience; c’est quelqu’un qui a eu une influence marqués sur la musique et qui a vécu sur le plan personnel des choses très difficiles, et Greg LeMond, un grand cycliste.

S’il n’était pas avocat, il serait… probablement guitariste!

Me Pierre Gagnonest Vice-président, Affaires juridiques et Secrétaire de la société Aéroports de Montréal depuis août 2009.

Né à Boston aux États-Unis, il a obtenu son baccalauréat en droit à l’Université de Montréal en 1983.

Avocat et membre du Barreau du Québec depuis 1984, Me Gagnon a débuté sa carrière chez Mackenzie Gervais (maintenant Borden Ladner Gervais) comme avocat de litige civil et commercial.

En 1988, il se joignait au service juridique de Bell Canada afin d’œuvrer au sein de l’équipe de réglementation. De retour chez Mackenzie Gervais en 1990, il y devint associé en 1992 et y poursuivit sa pratique en litige, tout en développant sa spécialisation en matière de réglementation en représentant la filiale de télécommunications du Groupe Vidéotron devant la Régie des Télécommunications du Québec.

En 1994, il réintégrait le service juridique de Bell Canada en tant qu’avocat principal, responsable d’enjeux juridiques liés à l’introduction de la concurrence dans l’industrie des télécommunications.

En 1996, il devenait Directeur, affaires réglementaires auprès de Vidéotron Télécom Ltée. À ce titre, il participa étroitement à l’implantation juridique et réglementaire des services téléphoniques interurbains de l’entreprise et fut un des principaux participants au processus mis sur pied par le CRTC afin de mettre en œuvre la concurrence en téléphonie locale au Canada.

En 1998, Me Gagnon est nommé Vice-président, affaires réglementaires et intègre, au sein de Vidéotron Communications, les responsabilités réglementaires tant en matière de radiodiffusion que de télécommunications. En 2000, il est nommé Vice-président, affaires publiques et réglementaires de Vidéotron Communications et gère, à ce titre, les affaires réglementaires, les communications internes et corporatives, les affaires publiques et gouvernementales de l’entreprise.

Après un bref passage dans l’industrie pharmaceutique à titre de Vice-président, communications et affaires gouvernementales chez McKesson Canada, il est nommé, en 2003, Avocat en Chef d’Hydro-Québec et, à ce titre, est responsable de l’ensemble du service juridique. En août 2009, il fait le saut à la société Aéroports de Montréal.


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