Faisons parler les leaders – Renaud Coulombe

Faisons parler les leaders – Renaud Coulombe

Cette semaine, Dominique Tardif rencontre Renaud Coulombe, Vice-président, affaires juridiques et conformité pour le Mouvement Desjardins. Il revient sur son parcours et de ses choix de carrière.

Depuis 2009, Me Renaud Coulombe assume les fonctions de Vice-président au sein du Mouvement Desjardins et supervise une équipe de plus de 100 personnes, dont 65 juristes.

Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou une autre profession ?

Il s’agit dans mon cas davantage de ce qu’on pourrait appeler une “vocation tardive” que du résultat d’un plan de carrière bien établi. C’est en fait en complétant un cours de droit pendant mon premier baccalauréat en sciences politiques & relations internationales que je m’y suis intéressé.
La décision de devenir avocat appartenait à l’époque à un vague projet d’éventuellement œuvrer en contexte international diplomatique. Je me suis cependant rapidement laissé séduire par le droit des affaires, l’adrénaline des dossiers et la pratique privée: j’ai adoré. J’ai ainsi reporté pendant quelques années mon projet de passer les examens permettant l’accès aux carrières diplomatiques, pour en venir à la conclusion que je n’en avais simplement plus envie. Bien que j’aie donc  ainsi abandonné l’idée d’avoir une carrière diplomatique, le voyage demeure une passion et je peux vous assurer devoir pratiquer la diplomatie sur une base quotidienne !

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?
Les défis sont multiples, mais le plus grand défi a été de développer et bâtir une crédibilité dans le marché auprès des collègues de travail. Certaines valeurs, dont le travail d’équipe, l’intégrité et l’entrepreneurship, me tiennent à cœur et ont toujours présidé à mes choix. Les défis associés à mes nouvelles fonctions comptent également parmi les plus intéressants de ma carrière. C’est un privilège que de pouvoir être associé au processus de transformation du Mouvement Desjardins.
Au moment de quitter la pratique privée pour me joindre à Desjardins, je n’avais pas encore véritablement œuvré dans le domaine financier, et je n’avais pas vraiment travaillé avec cette institution, dont le réseau est complexe. Me joindre ainsi à une nouvelle industrie et à une nouvelle organisation impliquait donc d’apprendre beaucoup de choses, ce qui en faisait un défi d’autant plus intéressant. Je suis donc sorti de ma “zone de confort” pour me plonger dans l’aventure, sans compter qu’au surplus l’organisation était elle-même dans une des plus grandes transformations de son histoire – une transformation à laquelle j’ai pu participer. Ça a été une première année absolument extraordinaire.

Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il ?
Je dois dire que j’ai une allergie aux membres de la profession plaçant leurs intérêts personnels devant ceux de leurs clients ou de leur organisation ou souffrant d’un manque chronique de sens des affaires ou de sens pratique.
Les incitatifs propres à la pratique privée, malheureusement, ne sont pas toujours compatibles avec les meilleurs intérêts des clients. Les choses sont en effet structurées de façon à inciter à des taux horaires très élevés, voire même parfois à la surfacturation. Avec la compétition encore plus présente qu’avant sur le marché, les avocats sont contraints de constamment faire valoir et ‘vendre’ leurs services, ce qui je crois change parfois le focus que la profession devrait avoir.

Quels sont les changements à anticiper au cours des années à venir, selon vous ?
L’industrie est toujours en évolution, évidemment, mais je ne serais certainement pas surpris de voir les entreprises absorber davantage de besoins juridiques à l’interne. Le marché montréalais n’est pas en expansion, et une part grandissante du travail juridique se standardise et se banalise.
Or, les cabinets ont conservé leur taille et leur structure tarifaire. Je crois que des ajustements sont à prévoir en ce sens, et que plusieurs cabinets gagneraient à avoir une stratégie plus précise pour le futur : une stratégie qui impliquerait de faire des choix parfois difficiles sur le plan des secteurs de pratique et de la tarification.
Alors que la grande taille des cabinets rend quelquefois la pratique plus ardue en raison des conflits d’intérêts, elle rend parfois aussi ces mêmes cabinets ‘prisonniers’ de leur tarification, qui doit être maintenue même si certains mandats devraient permettre plus de flexibilité.

La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique ? Et pourquoi, à votre avis ?
Je crois qu’elle est généralement plus positive, probablement en raison de la reconnaissance de la complexité croissante du marché dans lequel nous vivons. C’est évidemment un défi constant et il appartient aux membres de la profession d’avoir les comportements qui mettent en lumière la valeur ajoutée de nos contributions.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière ou, en d’autres mots, comment a-t-on un cheminement de carrière semblable au vôtre?
Il n’y a pas de meilleurs outils de développement que la curiosité intellectuelle et le dur labeur. Exercer la profession juridique est un privilège et offre des perspectives de développement extraordinaires.  Il faut donc y mettre les efforts !
Il faut savoir être curieux et se donner la possibilité d’apprendre, de ‘s’ouvrir les yeux’ en travaillant fort. Il faut vraiment aimer ce qu’on fait, en ne se satisfaisant pas de s’en tenir à l’essentiel, mais en voulant aller au-delà, tout en développant son esprit entrepreneur. La solution, c’est vraiment cela !

En vrac…
Pour la lecture, il vous recommande :« Too big to fail » Auteur : Andrew Ross Sorkin, « An American Dream » Auteur : Norman Mailer, « La carte et le territoire » Auteur : Michel Houellebecq
• Un bon film : « Winter’s Bone » Réalisatrice : Debra Granik
• Restaurant préféré : À Montréal, il nous conseille Joe Beef (rue Notre-Dame Ouest). Si vous passez par Paris, il vous recommande Le Baratin (rue Jouye-Rouve), Quedubon (rue du Plateau) et Les papilles (rue Gay Lussac)
• Pays préférés : Il est grand voyageur, et ses coups de foudre sont nombreux. Le Vietnam et le Japon comptent cependant parmi les plus beaux voyages de sa vie.
• S’il n’était pas avocat, il serait… cuisinier dans un étoilé Michelin ou encore dans un boui-boui de Saigon!

Bio
Avant de se joindre au Mouvement Desjardins, Me Coulombe pratiquait en droit des affaires chez Ogilvy Renault, où il était associé depuis 1998.
À compter de 2008, il y occupait également les fonctions d’administrateur national du groupe Droit des affaires et de membre du comité national de direction du cabinet.
Me Coulombe possède une  expérience approfondie du droit des sociétés, des fusions & acquisitions et des valeurs mobilières.
Il a été identifié par le magazine Lexpert à titre d’avocat de premier plan au Canada en fusions et acquisitions, financement des sociétés, et valeurs mobilières et moyennes entreprises.
Il a également été classé à titre d’avocat de premier plan en financement des sociétés par le Guide to the Leading 500 Lawyers in Canada.
Après avoir obtenu un baccalauréat en sciences politiques en 1984, Me Coulombe a complété ses études de droit à l’Université de Montréal en 1987. Il est admis au Barreau du Québec depuis 1988.
Il siège au conseil d’administration de l’Institut des administrateurs de sociétés, section Québec, ainsi qu’au Conseil des relations internationales de Montréal.
Il complète actuellement un MBA.


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