Faisons parler les leaders – Thierry Dorval

Faisons parler les leaders – Thierry Dorval

Cette semaine, Dominique Tardif, de ZSA, s’entretient avec Me Thierry Dorval, associé chez Norton Rose Fulbright et président de la Section du Québec de l’Institut des administrateurs de sociétés.

Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir une autre profession?

Dès le début du secondaire, je savais que j’étudierais en droit ou en administration. J’ai toujours été intéressé par le monde des affaires et j’ai toujours eu une grande admiration pour les entrepreneurs parce qu’il faut beaucoup de détermination et de travail pour fonder et faire croître une entreprise. Si je suis devenu avocat, c’est pour aider ces gens qui bâtissent notre société.

Étant attiré tant par le droit que les affaires, j’ai donc fait un peu des deux : un baccalauréat, une maîtrise et un doctorat en droit, couplé à un MBA. Comme associé, la pratique du droit revient en quelque sorte être soi-même entrepreneur au sein de son propre cabinet. Le fait de siéger sur des conseils d’administration et de conseiller les gens d’affaires me rapproche aussi de cette réalité.

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Au quotidien, le grand défi que je me donne consiste à faire en sorte que chaque client ait l’impression qu’il est le seul client que je conseille. Répondre rapidement, donner des avis adaptés à leur réalité et avoir un impact positif sur les entreprises sont pour moi des priorités.

Il y a aussi les mandats relatifs aux guerres de procurations (proxy fights) comportent toujours des défis, car elles impliquent de nombreuses facettes du droit et peuvent avoir un impact sur la survie des entreprises. Il s’agit de dossiers très intéressants et qui comportent beaucoup de défis. Les conseils d’administration sont « sous attaque » en pareille circonstance, et il faut les conseiller sur la façon de se positionner pour agir dans le meilleur intérêt de la société. Outre le droit, d’autres facettes y sont liées, notamment des aspects relations publiques et économiques.

En ce qui concerne mon niveau d’occupation, la période entourant la crise des papiers commerciaux de 2007-2009 a été particulièrement exigeante. Je suis intervenu dans de nombreuses transactions et j’ai accompagné plusieurs conseils d’administration qui ont du prendre des décisions très difficiles par rapport à leurs clients et à leurs investissements. Je venais alors de terminer un doctorat sur la gouvernance et je travaillais sur la seconde édition de mon livre, qui porte justement sur le sujet. Ce fut une période d’activité très intense pendant laquelle j’ai beaucoup appris.

Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Nos entreprises évoluent dans un environnement où la réglementation est très complexe et la documentation corporative, souvent très volumineuse. Si j’avais une baguette magique, je simplifierais tout cela afin que nos gens d’affaires puissent passer davantage de temps sur ce qui est le plus important, à savoir innover, améliorer la productivité de leurs entreprises et conquérir de nouveaux marchés, ce pour quoi nous pouvons également les aider. La gouvernance doit permettre de bien gérer son entreprise et n’a pas à être extrêmement compliquée.

La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Bien que des cycles existent, elle n’a pas beaucoup changé dans une perspective à long terme. La méfiance envers les avocats existe sans doute depuis aussi longtemps que la profession. Pour preuve : Shakespeare en parlait déjà au 16e siècle ! À mon avis, cette méfiance est probablement due à l’influence que peuvent avoir les avocats auprès de leurs clients et dans la société en général. Avec les responsabilités de ce rôle, viennent aussi des obligations. Une grande majorité des avocats font bien leur travail et la réputation de notre profession souffre du comportement abusif de certains, qui ne sont pas dignes des responsabilités qui leur sont confiées. Ce sont souvent ces comportements qui retiennent le plus l’attention du public – malheureusement. Avoir la confiance de quelqu’un implique d’agir comme fiduciaire de cette confiance. Ne pas s’acquitter de cette obligation peut faire basculer la confiance envers tout le système.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière (suggestion d’orientation, qualités à développer, etc.)?

Je donnerais le même conseil que celui que mon ancien associé Yves Fortier m’a donné à mon premier jour de travail chez Ogilvy Renault : «Soyez ouverts à de nombreux domaines de pratique et travaillez d’arrache-pied en vous disant que vous apprendrez des choses qui vous seront utiles tout au long de votre carrière. » Thomas Jefferson a déjà dit « The harder I work, the luckier I get ». Il avait tout à fait raison, et c’est vrai dans n’importe quel domaine.

Enfin, il est important de redonner à votre communauté, que ce soit en temps ou en argent. Il faut bien sûr être passionné par la cause de l’organisme pour lequel on donne de son temps. Sur une base aussi bien personnelle que professionnelle, j’ai souvent constaté qu’il pouvait être aussi enrichissant de donner que de recevoir.

En vrac…

Le dernier bon livre qu’il a lu- On writing, une auto-biographie de Stephen King où il donne des conseils très utiles sur l’écriture. Pas surprenant qu’il ait écrit 3 livres et une vingtaine d’articles!

Le dernier bon film qu’il a vu – Mandela : Long Walk to Freedom (réalisateur : Justin Chadwick)

Sa chanson fétiche – Nessun Dorma de Puccini, pour le texte et les qualités lyriques nécessaires à son interprétation.

Son diction préféré – Quand on veut on peut!

Son péché mignon – Le gelato!

Il aime casser la croûte… au Bistro Beaver Hall (Côte du Beaver Hall)

Le pays qu’il aimerait visiter – Il aime toujours retourner en Italie, tant pour l’histoire, et la beauté des paysages que pour la façon de vivre des Italiens.

Le personnage historique qu’il admire le plus – Winston Churchill, pour sa détermination, son esprit vif et ses talents d’orateur et d’écrivain.

S’il n’était pas avocat, il serait… entrepreneur! (Il aime cependant penser que, pour être associé en grand bureau, il faut l’être un peu!)

Me Thierry Dorval est associé en droit des affaires chez Norton Rose Fulbright et président de la Section du Québec de l’Institut des administrateurs de sociétés. Il avise régulièrement des conseils d’administration et des hauts dirigeants sur des transactions et des mandats de gouvernance. Il est président national de l’équipe Gouvernance et responsabilité des administrateurs de Norton Rose Fulbright Canada. Il a été l’un des fondateurs de la section du Québec de l’Institut des administrateurs de sociétés et siège au sein de son conseil d’administration. Il siège également au sein du conseil de la Société des alcools du Québec, de l’Orchestre symphonique de Montréal et de la Société d’investissement jeunesse.

Il est l’auteur de plusieurs publications, incluant de nombreux articles publiés dans des revues nationales et internationales et du livre Governance of Publicly Listed Corporations paru aux éditions LexisNexis Butterworths, qui en est à sa deuxième édition. Il est détenteur d’un baccalauréat et d’une maîtrise en droit de l’Université Laval. Il détient également un MBA de l’Université d’Oxford, qu’il a obtenu avec distinction, faisant de lui le premier canadien à obtenir cet honneur. En 2007, l’Université d’Ottawa lui a décerné un doctorat en droit pour sa thèse dans le domaine de la gouvernance.


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