Faisons parler les leaders – Wilfrid Lefebvre

Faisons parler les leaders – Wilfrid Lefebvre

Cette semaine, Dominique Tardif rencontre Wilfrid Lefebvre, une figure incontournable du droit fiscal au Québec qui revient sur son parcours professionnel, ses défis et sur la nécessité d’avoir des mentors.

Me Wilfrid Lefebvre est un associé principal du cabinet Ogilvy Renault et compte plus de trente années d’expérience en fiscalité.

Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat fiscaliste plutôt que de choisir un autre métier/profession, comme la comptabilité par exemple ?
C’était presqu’une question de gênes pour moi : mon père était un avocat et me parlait beaucoup de sa profession. Devenir avocat est devenu un projet pour moi. Quant à la fiscalité, elle entraîne beaucoup de débats techniques, ce que j’aime, tout comme débattre d’idées et surtout convaincre.
Je n’ai jamais vraiment eu d’autres idées en tête : le droit et la fiscalité se sont rapidement imposés.

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Je pense spontanément à plusieurs dossiers, dont pour quelques uns, je ne peux malheureusement en discuter compte tenu de leur côté ‘délicat’ ou confidentiel. Outre cela, je pense plus particulièrement à deux défis, l’un au plan physique et l’autre au plan intellectuel. Sur le plan physique tout d’abord : mon épouse devait accoucher le 8 février 1979. J’avais fait en sorte de pouvoir prendre du temps pour ma famille après l’accouchement. J’avais donc un horaire très chargé dans les semaines qui précédaient. Or, l’accouchement est survenu le 21 janvier… j’étais bien heureux le lendemain, mais je n’avais pas tellement dormi et…je plaidais devant la Cour suprême !

Avez-vous gagné ?
Oui! Sur le plan intellectuel et professionnel, mon plus grand défi date de 1978, alors que j’étais avocat senior au Ministère de la Justice. J’avais à l’époque un mentor du nom de Goerges Ainslie qui, malheureusement, a été atteint d’un cancer alors qu’il était sous-ministre adjoint de la fiscalité pour le Canada. Pendant une année et à sa demande, nous avons inversé les rôles : je l’ai remplacé dans son poste compte tenu des circonstances et il est en quelque sorte devenu ‘mon junior’. Je me suis retrouvé à mener et à travailler sur les plus importants dossiers que le gouvernement avait à traiter en matière de fiscalité à ce moment-là, ce qui a été un défi considérable. Quant à la pratique privée, mon plus grand défi est toujours le plus récent ! Je pense notamment à la cause que je viens de gagner et dans laquelle nous représentions Bombardier. C’était tout un défi, non seulement parce que les montants en jeu étaient importants, mais parce qu’une cause qui semblait au même effet et contre ma position existait et avait été rendue par le même juge que celui devant qui je plaidais !

Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il ? Quels sont selon vous les changements à anticiper au cours des années à venir quant à l’exercice de la profession en cabinet ?
En fiscalité, les relations entre les procureurs du gouvernement et les avocats de pratique privée, même si nous représentons des intérêts opposés, sont très bonnes. Je n’ai pas de critique à faire à l’égard de mes adversaires.
Là où j’en ai, c’est par rapport au fait que de plus en plus de débats inutiles existent à mon avis aujourd’hui, des procédures non nécessaires et des interrogatoires qui parfois ne mènent à rien. Dans le passé, un procès de deux jours était souvent considéré comme long ! Bien sûr les montants ont changé mais cela ne change pas nécessairement le fond du droit. Je crois que les procureurs devraient mieux porter attention au besoin de définir la vraie question en jeu – ce qui n’est évidemment pas toujours chose facile.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière ? Pour devenir Wilfrid Lefebvre, on fait comment ?
Je crois que dans notre domaine (la fiscalité), il faut d’abord et avant tout avoir la passion. Cela prend aussi une grande discipline de vie et la capacité de savoir identifier ses mentors. J’en ai pour ma part eu trois dans ma carrière et ils ont fait une énorme différence pour moi. Je trouve regrettable que les avocats – et notamment ceux du gouvernement – n’aient souvent pas accès à ce mentorat pourtant tellement important. Finalement, il faut aussi avoir des valeurs et y tenir, et apprendre à dire non quand il le faut.

En vrac…
• Derniers bons livres qu’il a lus : « Pirouette » de Marcel Pagnol, « Le Joueurs d’échecs » de Stefan Zweig, « The Innocent Man » de John Grisham.
• Derniers bons films qu’il a vus : « Incendies » réalisé par Denis Villeneuve, « The King’s Speech » de Tom Hooper.
• Ses restaurants préférés :  Leméac (avenue Laurier Ouest) et Milos (avenue du Parc).
• Un pays où il aimerait retourner : L’Espagne
• S’il n’était pas avocat, il serait… Fauché ! Dit en riant celui qui ne se voit pas faire une autre carrière que la sienne !

Bio
Wilfrid Lefebvre, c.r. (B.A., LL.L.) a été admis au Barreau du Québec en 1970. De 1970 à 1986, Me Lefebvre a œuvré au sein du Ministère de la Justice où il fut conseiller général au contentieux des affaires fiscales. Me Lefebvre a agi comme procureur dans plusieurs importants et complexes litiges, le plus récent étant devant la Cour canadienne de l’impôt dans Bombardier c. La Reine.  Il a été membre du « Comité technique de la fiscalité des entreprises » créé par le ministre des Finances en 1995 et visant à déterminer des changements pertinents à apporter au système d’imposition actuel. Il est ou a été Professeur invité à l’Université d’Ottawa, à l’Université Laval, à l’Université de Sherbrooke, au Barreau du Québec et au Law Society of Upper Canada.  Gouverneur et membre du conseil d’administration de l’association d’études fiscales, Me Lefebvre prononce de nombreuses allocutions lors de congrès annuels ou colloques régionaux organisés par, entre autres, l’Association d’études fiscales et le Tax Executives Institute.


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