Faisons parler les leaders – Valérie Beaudin

Faisons parler les leaders – Valérie Beaudin

Ex de la pratique privée, aujourd’hui chez Bell Canada, Me Valérie Beaudin, mère de quatre enfants confie à Dominique Tardif sa vision et ses souhaits pour la profession.

Me Valérie Beaudin est Chef adjoint du service juridique chez Bell Canada / groupe litige depuis août 2005.

Pourquoi avez-vous décidé d’être avocat?
Je viens d’une famille d’avocats: mes trois frères aînés sont avocats. Je connaissais donc le milieu, je savais ce que c’était. Initialement, je voulais aller en médecine par contre. J’ai donc fait tous mes cours de sciences nature, et fait mes applications en médecine.
Et, deux semaines avant les dates limites d’inscription, j’ai eu…comme une révélation (ajoute-t-elle en riant)! J’ai réfléchi et me suis dit que mes vraies forces résidaient plutôt dans l’écriture, dans le fait de convaincre, de parler. Je me suis dit: pourquoi ne pas mieux utiliser mes forces et aptitudes en allant en droit, plutôt que de m’imposer le défi  d’être bonne en sciences et d’aller dans ce domaine, ce qui me demandait beaucoup?
Comme on ne pouvait pas, du moins à l’époque, faire deux applications dans des secteurs contingentés d’une même université, j’ai envoyé ma demande à l’Université d’Ottawa, la seule du coin où je n’avais pas pensé à transmettre ma demande en médecine. J’ai été rapidement acceptée.
Et je n’ai jamais regretté ou pensé retourner vers la médecine ensuite!

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face chez Bell?
Je pense que le plus grand défi de mon poste est d’être capable de ramener les choses à des proportions ‘gérables’. On peut facilement se perdre dans le volume de choses à faire. Il faut donc être capable de ne pas se laisser impressionner par la quantité de dossiers et la grosseur des chiffres, et savoir faire la différence entre ce qui est important et ce qui l’est moins.
Quant à un dossier en particulier, je pense à un recours collectif déposé en 2006 : ça nous a pris quatre ans avant d’être capable d’arriver à une solution qui impliquait beaucoup d’aspects techniques internes à la compagnie. Ce dossier n’était pas tant compliqué sur le plan juridique que sur le plan du nombre de morceaux de casse-tête qui devaient être assemblés pour le régler. Il est maintenant chose du passé, et le jugement confirmant le règlement a été rendu le 17 juin dernier!

Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il? /Quels sont selon vous les changements à anticiper au cours des années à venir quant à l’exercice de la profession en entreprise?
Indépendamment des taux horaires,  je crois que les avocats externes ne devraient plus facturer à l’heure. Tout simplement parce que le modèle est dépassé. Il est beaucoup plus logique de payer des honoraires d’avocats qui sont liés à la plus-value apportée dans un dossier, et qui sont donc plus orientés vers les résultats. Je trouve que le calcul à l’heure crée quelque chose de malsain dans la relation. Il est tellement mieux de payer pour des services qui correspondent à la plus-value, plutôt qu’à une simple accumulation d’heures pour des résultats mitigés où il manque parfois le bénéfice anticipé. Des structures de coûts flexibles et créatives existent – elles sont déjà là en partie mais il y a encore du chemin à faire. Je crois que le modèle est appelé à changer – ou je le souhaite en tout  cas!

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière en litige?
Il me semble parfois que les jeunes sont très pressés d’accélérer toutes les étapes. Pourtant, l’expérience se gagne avec le temps, et non en ‘fast-forward’. Il est important d’investir du temps dans sa formation professionnelle une fois qu’on est avocat, question d’acquérir une base solide. Ce qui ne veut évidemment pas dire d’aller lentement, mais qui veut plutôt dire d’être prêt à travailler fort et parfois de longues heures, ce qui donne l’expérience nécessaire pour être un expert dans son domaine ou encore le gestionnaire d’une équipe.
La nouvelle génération pense beaucoup à la qualité de vie, et ce n’est évidemment pas mauvais. Mais il peut être difficile d’en avoir une bonne si on ne prend pas d’abord le temps de connaître son travail et de le faire bien: l’un doit parfois venir après l’autre.
Ne lâchez pas donc, et continuez!
Quant aux avocats de litige, je leur dirais que la préparation est importante: il faut prévoir le plus possible les imprévus. Être préparé permet d’ailleurs souvent de réduire le stress de moitié!

En vrac…
• Dernier bon livre qu’elle a lu …  (parce qu’en plus de tout le reste, elle est dans un club de lecture)
« RU », de Kim Thuy
• Dernier bon film qu’elle a vu
« Avatar » (Réalisateur : James Cameron)
• Son restaurant préféré
Europea  (sur De la Montagne) – parce que chaque fois, c’est tellement bon!
• Où elle veut aller
En Angleterre!
• Si elle n’était pas avocate
Elle …aurait quatre enfants de plus et ferait… de la gestion familiale à plein temps! Ou, à défaut de la gestion familiale, elle est certaine qu’elle aimerait un poste impliquant de la gestion!

Bio
Me Valérie Beaudin est Chef adjoint du service juridique chez Bell Canada / groupe litige depuis août 2005.
Responsable d’environ 400 dossiers simultanément, elle assure la défense des intérêts de Bell et supervise une équipe de 14 personnes en poste à Montréal et à Toronto.
Assermentée en 1991 après des études en droit civil à l’Université d’Ottawa, Me Beaudin a travaillé en pratique privée jusqu’en 2005, se spécialisant en litige commercial et en insolvabilité.
Associée chez BCF au cours de ses 4 dernières années en pratique privée, elle a touché à des litiges commerciaux de toutes sortes, tout en étant très impliquée dans les activités de marketing du cabinet.
En 2008, Me Beaudin a été nommée parmi les Top 40 under 40 du magazine LEXPERT.  Elle a plus récemment été finaliste lors des Canadian General Counsel Awards 2010 dans la catégorie Litigation Management.


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