Faisons parler les leaders – Éric Paul-Hus

Faisons parler les leaders – Éric Paul-Hus

Cette semaine Dominique Tardif rencontre Me Éric Paul-Hus, l’actuel vice-président service juridique de SEMAFO, une société aurifère cotée en bourse. Il lui confie sa réflexion sur son métier et revient sur son parcours professionnel.

Avant de prendre la vice-présidence services juridiques de SEMAFO, Me Paul-Hus est passé par la Commission des valeurs mobilières du Québec (ex-AMF), par BCE, et a été secrétaire corporatif et vice-président du service juridique de Bell Nordiq.

Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier/profession?
Je dirais que j’ai procédé par élimination ou par nécessité, ou encore par manque d’originalité! Sans que ce soit tout à fait cela. En fait, je ne peux dire que j’avais la « vocation » de devenir avocat. Ma grande priorité au cégep était… de le terminer pour partir voyager le sac au dos! Quand je suis revenu, je ne savais toujours pas avec certitude ce que j’aimais ou voulais faire. Je savais par contre que je n’aimais pas les sciences, et connaissais la maxime qui veut que « le droit mène à tout à condition d’en sortir ». C’était une façon pour moi d’acquérir une bonne formation de base, sachant que je pourrais réévaluer ensuite. Je suis entré en droit un peu comme des gens entrent en prison : j’allais faire du temps!(Rires). Mais ça n’a pas du tout été ce que j’anticipais, bien au contraire! J’ai eu la chance de beaucoup aimer le droit et, rapidement, j’ai décidé que je voulais pratiquer comme avocat. Je trouvais les défis et la formation formidables.

Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous ayez fait face au cours de votre carrière?

Il s’agit d’un dossier sur lequel j’ai travaillé, à savoir la distribution des actions de Nortel Networks détenues par BCE. Il s’agissait à l’époque de la plus grande transaction financière au Canada. Je me suis trouvé à coordonner les efforts d’une multitude d’avocats de droit des affaires et de fiscalistes, et j’ai travaillé à « temps plein et demi » sur le dossier pendant six mois environ. Les nuits étaient parfois bien courtes! Le dossier avait des implications en droit européen, en concurrence, en valeurs mobilières, avait trait à des options achat d’actions, etc. Il n’y avait pas un des aspects du droit qui n’ait pas été touché. Le travail dans ce dossier était colossal et difficile, mais j’ai tout simplement adoré ça!

Quel commentaire auriez-vous à formuler quant aux changements qui pourraient être apportés à la pratique du droit ? Par ailleurs, quels sont selon vous les changements à anticiper au cours des années à venir quant à l’exercice de la profession ?

Je crois à ce qu’on appelle « les forces du marché ». Et je ne suis pas  convaincu que la pratique du droit est aussi malade que ce que les gens veulent bien en dire. Il existe, il est vrai, certains problèmes, dont celui de l’accessibilité à la justice… et il existe à l’inverse aussi beaucoup de bons avocats dont les services ne sont pas si coûteux.
Certaines personnes ayant eu des problèmes juridiques m’ont dit: « les avocats coûtent tellement cher que j’ai été forcé de m’entendre ». Pensons donc aussi à l’impact que la situation contraire aurait, et à ce que deviendraient le « bon vieux règlement hors cour » et les délais devant les tribunaux… Veut-on vraiment se voir multiplier le nombre de dossiers en Cour du Québec? Je n’en suis pas certain. Nous avons un système avec ses failles, il est vrai. Je pense cependant que, même s’il est imparfait, il ne s’agit pas pour autant d’un système qui soit à l’agonie.
Quant à ce qui, à mon avis, changera dans la profession, je dirais que, de façon générale, les conseillers juridiques internes requerront des cabinets externes qu’ils ne soient plus de simples fournisseurs de services, mais plutôt de réels partenaires d’affaires partageant les risques avec eux. Certains commencent d’ailleurs à le faire.

La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?
De toute évidence, les choses ne vont pas en s’améliorant – mais cela s’inscrit à mon avis dans le cadre d’un cynisme ambiant. Les politiciens, les entrepreneurs en construction, les policiers et j’en passe, ont mauvaise presse. Et jusqu’à quel point est-ce justifié? Je crois donc que la perception est moins bonne, mais dans les mêmes proportions que ça l’est aussi pour d’autres professions.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière?
Je crois qu’il est primordial de savoir développer son écoute. Il est fondamental de comprendre le client et ce qu’il dit. Si l’on comprend le contexte, on est en mesure de mieux réagir. Il arrive en effet parfois que le client pense qu’il veut quelque chose alors que, dans les faits, ce n’est finalement pas tout à fait ce qu’il recherche. Par exemple, un client peut parfois venir à nous en pensant avoir la solution à son problème et en nous demandant d’exécuter cette solution. Or, la solution proposée n’est parfois pas la bonne pour parvenir à l’atteinte des objectifs. Être plus silencieux et à l’écoute aide beaucoup dans de telles circonstances, comme dans bien d’autres.

En vrac…
• Dernier bon livre qu’il a lu : « La carte et le territoire » Auteur : Michel Houellebecq
• Dernier bon film qu’il a vu : « La Conquête » Réalisateur : Xavier Durringer
• Sa cuisine préférée est celle… de la maison! Sa conjointe est une cuisinière hors pair, pour son plus grand bonheur!
• Pays qu’il a visité et où il aimerait retourner : L’Inde.
• S’il n’était pas avocat, il serait… journaliste ou politologue!

Bio
Diplômé de l’Université d’Ottawa, Me Éric Paul-Hus est membre du Barreau du Québec depuis 1993. Il a passé cinq ans en pratique privée, dont une année prêtée par son bureau à la Commission des valeurs mobilières du Québec (maintenant l’Autorité des Marchés Financiers). Sa pratique a toujours été orientée vers le droit corporatif, et plus particulièrement le droit des valeurs mobilières, ainsi que les fusions et acquisitions. Me Paul-Hus a passé près de 11 ans chez BCE inc., travaillant tantôt à la maison-mère et tantôt dans l’une de ses filiales, dont Bell Canada. Il a ensuite gravi tous les échelons pour devenir vice-président du service juridique et secrétaire corporatif de Bell Nordiq. Après la privatisation de Bell Nordiq en 2007, Me Paul-Hus est demeuré à l’emploi de Bell Aliant également à titre de vice-président. Depuis 2009, Me Paul-Hus est Vice-président, Service juridique et secrétaire de SEMAFO inc., une société aurifère présente en Afrique de l’Ouest dont les titres sont inscrits à la cote de la Bourse de Toronto ainsi qu’à la cote de la Bourse NASDAQ OMX de Stockholm.


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